Le Messager: Le deuxième assassinat de Patrice Lumumba

Article paru dans le journal Camerounais Le Messager, le 1er novembre 2006. Comme hier, le Congo est occupé par des forces du mal, enrobées dans des étiquettes de forces de la paix, avec la bénédiction de l’Organisation des Nations unies. L’éclairage de SHANDA TONME.

Plus de quarante ans après l’assassinat ignoble de Patrice Emery Lumumba, le premier dirigeant du Congo élu démocratiquement, le pays vient d’être livré à nouveau aux mêmes acteurs, aux mêmes complots et aux mêmes terrifiantes vomissures politiques qui ont condamné toute l’Afrique à la désolation.

Lumumba fut assassiné par une coalition de forces impérialistes et colonialistes souhaitant étouffer toute velléité de réelle indépendance dans les colonies. La question de l’avenir de l’Afrique ne se posait pas en terme de raison ou de déraison, elle se posait en une équation tranchée autour d’une alternative simple : ou vous ne parlez pas d’indépendance et vous êtes avec nous en acceptant nos volontés, plans et projets, ou vous vous focalisez sur l’indépendance, votre dignité, et dans ce cas vous êtes contre nous.

Tous les livres d’histoire diplomatique et politique du monde sont aujourd’hui unanimes, sur le fait que les dirigeants de l’Occident arrogante et dominatrice des années 1960 se comportèrent à l’égard de l’Afrique comme de véritables criminels, des méchants ultra racistes pour qui les habitants de cette partie du monde méritaient à peine le statut d’êtres humains. Le bilan est lourd et sans appel : une pléiade de valeureux nationalistes africains furent pourchassés, torturés, méthodiquement assassinés, et enterrés pour certains comme des bêtes sauvages. Si Ruben Um Nyobè et Patrice Lumumba comptent parmi les plus célèbres, ceux que l’on connaît moins sont très nombreux.

Ce qui est troublant dans ce rappel, c’est que rien ne se fit sans l’implication de potentats et de complices locaux voués ? la trahison, dans le contexte des enjeux dont ils ne comprenaient nullement le sens. Nous sommes au moins certains d’une chose, c’est que toutes les trahisons conduisirent à la mise à mort de tous ceux qui osaient défendre la dignité de nos peuples.

Le Congo, dans cette mise en scène continentale, fut à la fois un laboratoire, un terrain fertile de démonstration, et un champs de travail d’où sortirent les théories, les modèles et les forces qui alimentèrent tous les autres théâtres coloniaux, où les peuples croupissaient sous le joug de l’oppression.

Comme hier, le Congo est occupé par des forces du mal, enrobées dans des étiquettes de forces de la paix, avec la bénédiction de l’Organisation des Nations unies. Comme hier, tout a été fait, depuis Washington, New York, Paris, Londres et Berlin, pour que le peuple congolais ne soit que l’ombre de lui-même, dans un processus politique qui officiellement est sensé lui conférer de nouvelles bases plus sûres.

Le problème encore, et comme hier, c’est que ce qui se passe au Congo annonce les orientations, les programmes, et les projets de demain pour toute l’Afrique. Tous les voisins immédiats du Congo ne sont rien d’autres que ce que nous avions déj? qualifié dans nos précédentes réflexions de Républiques poudrières. Il est fort amusant de constater avec quelle assurance on parle de l’autre côté de la Méditerranée et de l’Atlantique d’élections et de transitions démocratiques dans ce pays. Ce que les médias tentaculaires, sectaires et tendancieux de l’Occident, de l’Union européenne et de l’Onu, nous distillent est très loin des réalités sur le terrain et trop loin de la vérité.

En 1960, on avait déversé au Congo des forces étrangères bien entraînées et bien équipées, avec pour seule mission de supprimer le mouvement nationaliste conduit par Patrice Lumumba et d’installer à la tête du pays des pantins ? la solde de l’impérialisme international. La suite n’a plus besoin de récit, et nous attendons impatiemment, les funérailles de Lumumba. En 2006, les mêmes facteurs, les mêmes prospectives et les mêmes perspectives ont conduit les mêmes acteurs ? construire de nouveaux monstres, dont la figure centrale est ce jeune homme imberbe appelé Kabila. L’étonnant silence de l’intelligentsia et de la société civile africaine ne peut que conforter les criminels de l’Occident dans leurs plans et leurs sales complots. On fait au Congo, ce qui va être fait au Cameroun, au Gabon, en Ouganda dans quelques mois.

Notre positionnement se veut objectif, n’épousant aucune démarche partisane dans le champs proprement congolais. Nous voulons prendre les devants, pour dire ici, que nous sommes loin des prétentions nationalistes d’un Etienne Tsisékédi, dont le rôle dans l’assassinat de Lumumba, en tant que ministre de l’intérieur du régime criminel de l'époque, ne fait plus de doute au sortir des archives. Le vieux politicien a tout de même la clairvoyance et l’honnêteté de voir dans la promotion de Kabila, exactement le même processus qui amena Mobutu au pouvoir et généra tous les crimes au Congo.

Il devrait donc être clair pour tout le monde, que le Congo vient d’entrer dans un nouveau cycle de turbulences, qui va cette fois-ci, se révéler plus meurtrier que celui connu en 1960 avec l’assassinat de Patrice Lumumba. Le paradoxe, c’est que hier, l’Occident monta son complot pour tuer un leader nationaliste issu de la légitimité électorale, alors qu’aujourd’hui, il monte plutôt un processus électoral faussé et truqué, pour imposer un agent complaisant et servile en la personne de Kabila.

Il importe donc de bien comprendre les enjeux qui s’étalent au Congo démocratique aujourd’hui, à la lumière des montages et des planifications d’hier et d’avant-hier. Joseph Kabila est un piètre pion des Etats - unis et de l’Union européenne. Il n’y a pas eu d’élections libres au Congo, il s’est agi des mêmes savants arrangements destinés à bloquer l’expression réelle et effective d’un peuple en quête de liberté, d’indépendance et de dignité. Le Congo qui est déjà enfoncé dans la misère, le sera encore d’avantage.

Dans ce tableau sinistre qui devrait plutôt faire peur, les choix opérés par les résidus du régime sanguinaire de Mobutu sont plus parlants que tous les calculs. Ce n’est pas fortuitement que Zanga Mobutu, le dernier rejeton de l’ancien dictateur, et Kendo Wadondo, un de ses derniers premiers ministres ont pactisé avec Kabila. Cherchez de quel côté se trouve le diable, et vous découvrirez de quel côté se trouvent la vérité et la porte de salut.

L’Europe, qui comme l’affirme si bien Aimé Césaire est comptable devant l’humanité du plus haut tas de cadavres de l’histoire, sait très bien comment recoller ses anciens et ses nouveaux esclaves. Que ce soit au Cameroun où les réseaux Aujoulats, Messmer et autres se chargent de sceller des unions de compromission entre la nouvelle et la vieille garde néo-coloniale, ou que ce soit au Sénégal, au Congo ou au Gabon, les enjeux restent les mêmes depuis l’aube des années 1950. La politique continue de se faire avec les mêmes armes, les mêmes repères, les mêmes objectifs, et les mêmes conséquences.

Le messager
Le 01-11-2006

© Copyright AfricAvenir 2013 | RSS  Sitemap  Kontakt  Impressum | Français  English