Prince Kum'a Ndumbe III.: "Les héros de la résistance contre l’esclavage", Discours d'ouverture de l'exposition, Yaoundé, 22 mai 2014

A l’occasion du vernissage de l’exposition « Routes de l’esclavage - résistances et héros africains en Afrique, en Europe et aux Amériques Routes de l’esclavage,», à la Galerie d’Art contemporain de Yaoundé ce 22 mai 2014, exposition organisée par l’UNESCO et la Fondation AfricAvenir international, le Prince Kum’a Ndumbe III a livré un discours avec des statistiques sur les embarquements d’esclavage depuis le Cameroun devant un parterre composé de quelques membres du gouvernement, membres du corps diplomatique, des organisations internationales et du public de Yaoundé

Les héros de la résistance contre l’esclavage montrés à Yaoundé
22 mai – 15 juin 2014, Galerie d’Art Contemporain/Centrale de Lecture publique, Yaoundé

Madame la Ministre des Arts et de la Culture
Monsieur le Représentant Résident de l’UNESCO au Cameroun
Excellences
Honorables invités
Mesdames et Messieurs
Chers amis de la culture,

La Fondation AfricAvenir International est honorée aujourd’hui d’être parmi vous à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Routes de l’esclavage – Résistances et héros africains en Afrique, en Europe et aux Amériques ». Je suis heureux de représenter le Prince Kum’a Ndumbe III, Président de la Fondation AfricAvenir International, qui n’a pas pu rentrer au Cameroun à temps et qui m’a chargé de bien vouloir vous présenter ses excuses et de vous adresser ce message.

Qui sont nos héros ?
La question de l’esclavage a été occultée dans plusieurs pays africains, la mémoire a été ensevelie, la colonisation et les indépendances ont enfoui cette période loin de nos mémoires. Or il est temps de savoir d’où a débuté le déclin des peuples africains, mais surtout de mettre en lumière les femmes et hommes d’Afrique qui avaient compris les enjeux et se sont levés au prix de leurs vies pour barrer la route à l’innommable. Qui sont nos héros ? L’exposition raconte la résistance de la reine d’Angola NZINGHA (1582-1663), la révolte de King AMADOR (Rei Amador) de Sao Tome et Principe en 1595 contre les esclavagistes portugais. La révolte continua sur les bateaux, comme celle menée par JOSEPH CINQUE (1813-1879) sur le bateau esclavagiste cubain Amistad en 1839. Sur place dans les Amériques, la résistance organisa des armées entières comme sous la direction de NAT TURNER (1800-1831) à Southampton County aux USA, de TOUSSAINT LOUVERTURE (1743-1803) et de JEAN JACQUES DESSALINES (1758-1806) à Haïti jusqu’à la création d’un Etat noir libre.

Excellences, Mesdames, Messieurs,
Des femmes noires sont montées au front comme Queen NANNY of the Windward Maroons qui née au Ghana en 1680, est devenue leader de la résistance maroon contre les Anglais dans la guerre de 1720 à 1739 en Jamaïque, en combinant spiritualité, culture africaine et art militaire. HARRIET TUBMAN (1820-1913), elle, commença la résistance à l’âge de 12 ans à Dorchester County, mit sa vie en danger plus de 20 fois pour libérer plus de 300 esclaves du sud, et s’illustra particulièrement comme agent dans les tunnels clandestins. Oratrice et prédicatrice innée au nom de Jésus, SOJOURNER TRUTH  (1797-1883) de New York City qui put s’échapper de son maître, sauva tant d’esclaves pendant la guerre civile. Et que dire de la tragédie de MARGARET GARNER ( ? – 1858) qui fuit avec son mari des plantations de Kentucky vers Cincinati en Ohio et faillit mettre fin à la vie de toute sa famille quand elle s’aperçut qu’ils allaient être rattrapés pour retourner en esclavage ? Et dans toutes ces péripéties, la culture, la spiritualité africaines, la musique et la danse constituèrent des éléments inébranlables de la résistance. Grâce à la résistance, l’esclavage fut aboli. Grâce à la résistance, le colonialisme et l’apartheid furent vaincus. Grâce à la résistance, la libération totale de l’Afrique des nouvelles méthodes de domination annonce une ère nouvelle de dignité des hommes et femmes d’Afrique et de la diaspora. Ainsi, la reconnexion avec nos frères et sœurs des Amériques, des Caraïbes et d’Europe qui retrouvent le chemin de la maison en Afrique prend tout son sens.

Excellences, Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi de vous rappeler la genèse de la Médaille Toussaint Louverture, décernée par l’UNESCO.

La section de Berlin (Allemagne) de la Fondation AfricAvenir International sous la direction de Eric van Grasdorff, et la Werkstatt der Kulturen, dirigée par une Germano - Camerounaise, Philippa Ebéné, ont monté ensemble cette exposition en 2008 pour répondre à cette question : quels sont les Africains qui se sont levés sur place, sur les bateaux ou aux Amériques pour barrer la route à l’holocauste africain, la Maafa, ce début du déclin durable de l’Afrique ? L’UNESCO fut impressionnée par l’exposition et le programme de films, danses et autres performances autour. La « Médaille Toussaint Louverture » fut décernée à nos deux organisations. Seuls Aimé Césaire (Martinique) et Abdias de Nascimento (Brésil) avaient reçu ensemble, auparavant cette prestigieuse médaille, la toute première de l’UNESCO frappée de l’effigie d’un Noir.

Pourquoi Toussaint Louverture ?
Sous la direction de Toussaint Louverture à St Domingue, les Noirs avaient juré dans une cérémonie vaudoue au Bois Caïman, près de Morne Rouge, de vivre libres et fraternels, en restant fidèles à la mémoire des ancêtres africains ou alors de mourir dans la bataille. Ce fut dans la nuit du 14 août 1791. Mais Toussaint Louverture fut vaincu le 7 juin 1802 grâce à un renfort français de 20.000 hommes et embarqué pour la prison (Fort de Joux) en France par Napoléon Bonaparte qui rétablit l’esclavage à Haïti, alors appelé St Domingue. Mais les troupes de ce même Napoléon furent vaincues par les troupes de Jean Jacques Dessalines lors de la bataille de Vertières le 18 novembre 1803 et la première République noire fut instituée le 1er janvier 1804. Donc une armée noire qui a vaincue l’armée de Napoléon pour bâtir un Etat libre. Haïti instaura dès le départ que les Blancs n’avaient pas le droit d’acquérir la terre à Haïti, et encore actuellement, tout Noir a le droit constitutionnel de demander un passeport haïtien.

Un catalogue de 138 pages en anglais, « 200 Years Later… Commemorating the 200 year anniversary of the Abolition of the Transatlantic Slave Trade » accompagne l’exposition bilingue français/anglais. Après Berlin, nous avons montré l’exposition à Vienne (Autriche) en 2009. A Douala-Bonabéri, au siège de la Fondation AfricAvenir International, l’exposition a été montrée de décembre 2012 à février 2014.
Quelle est notre responsabilité à nous, Africains à l’heure actuelle ?

Grâce à la collaboration avec le Bureau Régional Multisectoriel de l’UNESCO pour l’Afrique Centrale à Yaoundé, grâce à la ténacité de son Chef Secteur culture, Monsieur Christian Ndombi et au soutien du Ministère des Arts et de la Culture du Cameroun, nous pouvons enfin montrer cette exposition à Yaoundé, capitale du Cameroun et siège des institutions internationales de notre pays. A ces deux institutions, la Fondation AfricAvenir International exprime sa profonde gratitude.
Notre génération a le devoir impératif d’ouvrir grandement ce dossier et de répondre aux multiples questions que soulève la question de l’esclavage. Quelle est notre responsabilité à nous, Africains ? Pourquoi pendant 400 ans avons-nous été incapables de mettre un terme à cet exode massif et forcé qui a causé la désagrégation durable des sociétés africaines ? De Bimbia sont partis 2.393 esclaves entre 1514 et 1866, de Cameroons river (fleuve Wouri) ont embarqué 10.244 esclaves et de Cameroons (région de Douala) 30.286 pendant la même période.

Mais il n’y a pas eu que l’esclavage transatlantique, l’esclavage vers les pays arabes, vers l’Inde et l’Asie nous interpelle aussi : il est temps d’ouvrir tous ces dossiers. Les politiques, les chercheurs universitaires et les citoyens sont interpellés avec insistance. « Tu ne peux pas aller loin si tu ne sais pas pourquoi tu as trébuché et pourquoi tu es tombé ». L’Afrique va imprégner de sa marque l’histoire de l’humanité au vingt et unième siècle. A une condition : que les Africains soient conscients de ce qui leur est arrivé et en tirent avec courage les leçons qui s’imposent pour bâtir l’avenir. Avec cette exposition, nous souhaitons initier un débat et une prise de conscience. Nous saurions gré à tous ceux qui voudraient nous assister pour montrer ces héros africains de la résistance contre l’esclavage dans plusieurs pays africains. Il serait souhaitable que des films, la musique, la danse et d’autres performances accompagnent nos héros dans cette exposition. Ensuite, nous pourrions peut-être montrer l’exposition de Sylviane Diouf à Schomburg Center, New York, sur « Africans in India: From Slaves to Generals and Rulers »

L’entrée de l’exposition actuelle est libre. Que les écoles, collèges, lycées, universités, et que les habitants de Yaoundé en profitent !

Je vous remercie de votre attention.

Prince Kum’a Ndumbe III, Professeur émérite des Universités
Président de la Fondation AfricAvenir International
22 Mai 2014

Lu par Ndumbe Kum Khéops, Assistant en communication, Fondation AfricAvenir International

Pour pouvoir accédé aux statistiques d'embarquement d'esclaves, prière de |+| télécharger le texte en pdf. La source est la suivante: Slave Voyages from the Bight of Biafra Region (including Cameroons and Bimbia), 1514-1866, by Sylviane Diouf, Schomburg Center for Research in Black Culture, New York. Source : www.slavevoyages.org

The Trans-Atlantic Slave Trade Database has information on more than 35,000 slave voyages that forcibly embarked over 12 million Africans for transport to the Americas between the sixteenth and nineteenth centuries. It offers researchers, students and the general public a chance to rediscover the reality of one of the largest forced movements of peoples in world history.

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