Rapport final: L’expérience de films africains

La Fondation AfricAvenir International, dans le cadre de son programme d’éducation par le cinéma africain, a organisé du 05 au 30 Juillet 2008, en partenariat avec Evangelischer Entwicklungsdienst (EED), la première édition du « Cinéma au village » avec traduction des films en langue duala, pour les villages Ndobo, Bonendale, Bojongo, Bonamatoumbe, et Sodiko.

Africavenir Evangelischer Entwicklungsdienst
Projet cinéma (EED)
Douala le 18 Août 2008

CINEMA AU VILLAGE
L’expérience de films africains à Bonendale
-Du 05 au 30 Juillet 2008-

RAPPORT
La Fondation AfricAvenir International, dans le cadre de son programme d’éducation par le cinéma africain, a organisé du 05 au 30 Juillet 2008, en partenariat avec Evangelischer Entwicklungsdienst (EED), la première édition du « Cinéma au village » avec traduction des films en langue duala, pour les villages Ndobo, Bonendale, Bojongo, Bonamatoumbe, et Sodiko. Afin de permettre aux populations de tous ces villages d’assister aux films, le site de projection était basé à Bonendale, où tout le monde se retrouve très souvent pour des rencontres de football et les soirées dansantes. C’est dans ce village, plus précisément à Turbo bar, que les populations se donnaient rendez-vous, tous les mercredis et samedis dès 18h30 min, pour vivre les soirées du cinéma offertes gratuitement par la Fondation AfricAvenir International et son partenaire, la EED.

Tout part d’un concept du Prince Kum’a Ndumbe III, qui, utilise le cinéma africain comme outil pédagogique de haut niveau. Après des projections pendant plusieurs années au siège d’AfricAvenir à Douala, il a emmené les films africains au lycée et à l’université, avant de se diriger cette fois-ci vers les villages.
Plus d’un mois avant l’évènement, la tradition orale avait eu son effet dans Bonendale, et la population ne voulait pas être absente dans la préparation de cette grande première. Les notables Njanjo Ebénézer et Jembèle se sont impliqués dans l’organisation, et ont aidé à la mobilisation des populations. Des jeunes femmes du village, pour ne pas rester en dehors de cette préparation, se sont portées volontaires comme hôtesses à la soirée d’ouverture. Les affiches collées dans les villages et les tracts distribuées dans les rues, annonçaient en grandes pompes ce festival de films africains.

Le Samedi 05 Juillet à 17h30, ce fut l’ouverture du festival avec le film « Sia, le rêve du python » de Dani Kouyaté. La grande cour de Turbo bar qui accueillait la première soirée de l’évènement était pleine de gens , le sous-préfet de Douala IVème, Monsieur Nlend Likeng, accompagné des éléments du commissariat Central N°3, les Adjoints au Maire de Douala Ivème, MM. Mambangap Paul et Kammogne, Sa Majesté Ndumbe Tukuru Abel, Chef de Bonendale I, Sa Majesté Ruben Ness Essombey Ndambwe, Chef des Sodiko, les notables et élites des villages, et les populations. A ce lancement, l’on a aussi remarqué une forte présence des média, entre autres la Spectrum Télévision (STV), Le quotidien Le Messager, représenté par son Directeur Général M. Pius Njawe, accompagné du journaliste Jacques Doo Bell, le quotidien Mutations, la Radio Dynamic FM…

A 18h30, les premières images du film défilent sur le grand écran. C’est l’histoire de Koumbi, une cité dominée par un empereur farouche qu’on appelle Kaya Maghan Cissé. Alors que la cité est frappée par la misère, les prêtres de l’empereur se préparent à sacrifier au dieu-python, une fille vierge et très belle, afin de ramener la prospérité dans la cité. C’est alors qu’ils choisissent la jeune Sia Yatabéré pour ce sacrifice. Mais Mamadi, le fiancé de cette dernière, soutenu par son oncle Wakhané qui est aussi le chef des armées de l’empereur, poursuit les prêtres afin d’empêcher le sacrifice et tuer le python. Arrivés dans l’antre de l’animal, c’est la grande surprise , On ne voit pas de python, et les prêtres traditionnels qui s’apprêtaient à tuer Sia après l’avoir violée, prennent la fuite. Malheureusement pour eux, les soldats les rattrapent et les tuent. Tout ce qu’on voit dans l’antre, c’est des squelettes humains. A partir de cette situation, les soldats comprennent que le python n’a jamais existé, et que depuis toujours, les prêtres usaient de leur pouvoir pour assouvir leurs pulsions.
Cette première soirée a eu un grand écho au niveau des populations, tout comme chez les média , De bouche à oreille, les nouvelles du festival circulaient et dépassaient largement les zones ciblées. Les média de leur côté, avaient étendu la communication sur l’ensemble du territoire camerounais. Le Messager dans son numéro du Mercredi 09 Juillet 2008, a offert toute une page à cet événement. Toute cette vaste communication annonçait l’ampleur des soirées à venir.

Le Mercredi 09 Juillet, c’est le jour de « Pièces d’identité » du Congolais Dieudonné Mwézé Ngangura , un film qui relate les problèmes d’immigration et de la conservation de notre identité africaine. Les discussions étaient centrées sur l’utilité de l’immigration de nos jeunes gens, et sur la non négligence de nos valeurs traditionnelles africaines , On entendait ceux qui pensent que l’immigration doit être encouragée si elle a un objectif réel, c’est-à -dire, si le concerné se déplace pour des raisons d’éducation ou de formation, après quoi il regagne son pays. L’on a cependant dénoncé le cas des filles et garçons qui vont tout simplement en aventure, et qui finissent dans la rue ou dans des réseaux de proxénétisme.

« La Nuit de la vérité » de Fanta Régina Nacro projeté le Samedi 12 Juillet, a été l’occasion pour le grand public de Turbo bar de discuter sur les guerres internes qui fragilisent l’Afrique. L’histoire racontée par la réalisatrice Burkinabé est celle d’une situation de longue guerre entre deux tribus d’un même pays. Las de voir les morts de gauche à droite, le Commandant Moussa Cissé qui joue le rôle du Colonel Théo, appelle le président et sa tribu à la nuit de la réconciliation… Lors de la discussion après la projection du film, les interventions visaient à encourager l’esprit patriotique , l’audience de manière unanime, a été d’accord que les Africains qui reçoivent des pots de vin des colonisateurs participent eux aussi à la déstabilisation de l’Afrique.

La soirée du Mercredi 16 Juillet a été animée par le film « Ceddo », du cinéaste Sénégalais Sembène Ousmane. Le sujet de l’heure était celui des religions étrangères qui usent de tous les moyens possibles pour gagner du terrain en Afrique. Des membres de l’Association des Chercheurs en Médecine Traditionnelle (A.C.M.T) venus de Douala pour assister aux projections, n’ont pas caché leur joie , leur chef a tout d’abord apprécié le sujet du film, puis il a encouragé la Fondation AfricAvenir International pour cette initiative qui tend à rapprocher les Africains d’eux-mêmes. « Je suis heureux, parce que nous ne sommes pas seuls dans ce combat », a-t-il déclaré.

Le Zimbabwéen John Riber a tenu les jeunes en haleine avec son film « Yellow Card », projeté le Samedi 19 Juillet. La jeune génération qui avait pris soin d’occuper les sièges avant l’arrivée de leurs aînés s’est très vite identifiée à l’histoire de Tiyane, ce jeune lycéen dont la vie est partagée entre l’amour, son bébé, et son rêve de footballeur professionnel. Alors que Linda, sa copine, lui annonce qu’elle est enceinte, Tiyane n’est pas content et renie le bébé…Le film est applaudit avec force et cris par toute l’audience. Alexandre T. Djimeli, rédacteur en Chef du quotidien Le Messager et son collègue Jacques Doo Bell serrent la main des membres de l’équipe d’AfricAvenir et encouragent son fondateur à aller de l’Avant. Stéphane Tchakam du quotidien national bilingue Cameroon Tribune avait pour habitude d’arriver ? Bonendale au moins une heure avant les projections pour rencontrer les premières personnes et faire son reportage. Ce jour, avant la projection, il avait déjà recueilli les avis de trois adolescents sur les films qu’ils avaient jusque là regardés, avant de s’asseoir pour écouter la veuve Etonde, une vieille femme qui approche la centaine et qui s’asseyait toujours au premier siège de la première rangée. La causerie de ce soir avait pour principaux points l’éducation, la responsabilité, et le sexe. Certains ont stipulé que les parents sont responsables de l’éducation des enfants, donc de leurs différents comportements en société. D’autres ajoutaient que la bonne éducation d’un enfant ne dépend pas uniquement des parents et que la compagnie de ceux-ci, que ce soit à l’école ou à la maison, influence énormément leurs manières.

Le Mercredi 23 Juillet, tout le monde attendait la version filmée de ce célèbre roman que l’auteur et réalisateur Sembène Ousmane a intitulé « Le Mandat ».
Les plus âgés connaissaient le film, les adultes en avaient entendu parler, et les jeunes gens voulaient découvrir cette réalisation de 1968. Sembène nous présente les mésaventures d’Ibrahim Dieng, un Sénégalais qui a bénéficié d’un mandat venu de France, et l’ignorance du nouveau système postcolonial a poussé dans une grande misère. En fin de compte, ce mandat qui était supposé lui apporter du bonheur, lui a plutôt fait des ennemis. A chaque étape qu’entreprenait Ibrahim Dieng pour toucher son mandat, le public anticipait en s’exclamant, car savait-on, il sera encore escroqué. Au-delà d’un réel divertissement, ce film a attiré l’attention du public sur notre société actuelle, où même les droits s’achètent. Monsieur Paul Samuel Njoh, responsable étude et communication du député Ndoumbe Edimo Oscar, a dit n’avoir jamais vu ce « grand film » bien qu’il ait passé des années d’études au Sénégal. Mais Sembène Ousmane n’avait pas encore fini avec le public , il nous réservait pour le Samedi 26 Juillet, « Camp de Thiaroye », une histoire vraie sur des tirailleurs Sénégalais pendant la seconde guerre mondiale.

Avant l’heure de la projection, le sujet du film préoccupe déjà la grande foule réunie au stade à l’occasion d’une rencontre de football , Des élèves qui tiennent les tracts du film s’interrogent les uns les autres sur le résumé qu’ils lisent , Ils déclarent tous n’avoir jamais entendu parlé d’une telle histoire concernant les tirailleurs du Sénégal à l’école, où on leur a pourtant parlé de la participation de l’Afrique à la seconde guerre mondiale.

« Moi engagé militaire, moi engagé militaire, moi pas besoin galons, sautez-moi du riz ».Voici la chanson des tirailleurs aux premières minutes du film qui évoque le rire. Dans la salle, on s’ajuste pour mieux suivre et entendre la qualité du français que parlent ces soldats originaires de plusieurs pays d’Afrique. Sembène Ousmane ici dénonce l’injustice et le racisme dont ont été victime un groupe de tirailleurs parqués dans un camp de transit appelé le camp de Thiaroye. Ceux-ci ayant valeureusement combattus aux côtés des Français, étaient sur le point de toucher leur dû et regagner leurs territoires respectifs. Mais le Général français refuse de changer leur argent au taux normal en francs CFA. Les tirailleurs alors énervés, retiennent celui-ci prisonnier dans le camp, jusqu’ à recevoir une promesse selon laquelle ils recevraient leur argent comme cela se doit. Mais le Général avait dit un mensonge. Dans la nuit, alors que ces soldats Africains sont endormis, Il envoie des chars d’assaut bombarder le camp. Le bilan est lourd , des dizaines de tirailleurs sont morts et de nombreux autres sont blessés.

Le rire qu’on entendait au début du film disparaissait progressivement pour laisser la place aux exclamations dénonçant l’injustice et le racisme , « les blancs sont méchants ! » « J’avais une bonne image des blancs, mais avec ça… », « Les Français étaient plus méchants que les Allemands ! », Entendait-on avec passion tout au long de la projection. La particularité de cette soirée était que c’est un enfant de 9 ans qui a ouvert le débat en disant : « J’ai appris qu’il ne faut pas croire aux gens qui mentent ».

L’étudiant Etonde s’est ensuite levé pour remercier la Fondation AfricAvenir International de lui avoir permis de voir cette partie de l’histoire des Africains pendant la seconde guerre mondiale , « Je suis très content parce que j’ai fait l’histoire à l’école, mais on ne nous a jamais parlé de cette triste histoire ! On nous dit tout simplement que l’Afrique a participé à la deuxième guerre, mais on ne nous parle pas de ce qu’on vient de voir-là ! ». L’un des points majeurs du débat fut la réaction d’un jeune homme qui a déclaré haut et fort sa haine des blancs en pointant du doigt une Autrichienne qui assistait toujours aux projections. Cette intervention a fait jaillir beaucoup de réactions qui avaient pour objectif de le calmer et éteindre cette émotion qui l’envahissait , Joel Mpah Dooh, un artiste plasticien a dit : «Si tout le monde pense comme vous jeune homme, c’est qu’on va tous prendre des fusils. Il ne s’agit pas d’un combat entre les blancs et les noirs, mais il s’agit d’un problème de justice ». L’Etudiant Etonde a rappelé qu’il y’avait un capitaine Blanc dans le film qui soutenait entièrement les Noirs et qui pour ce fait, est devenu l’ennemi de ses collègues Blancs…La multitude d’interventions des parents et d’autres jeunes gens a fini par calmer le jeune homme et à lui redonner le sourire.

L’important, c’est qu’il avait compris que tous les Occidentaux n’ont pas un même type de regard sur les Africains. Après ce doublé, Sembène Ousmane laisse la place à son compatriote Djibril Diop Mambéty afin que celui-ci clôture le festival le Mercredi 30 Juillet avec son film « la Petite Vendeuse de Soleil ».
La clôture a emprunté la formule de l’ouverture , les autorités, les média, les notables, les jeunes et les vieux, tout le monde s’est retrouvé dans la grande cour pour la fête. Ce jour, nous avons reçu la visite de sa Majesté Essawe, chef des Bakoko de Dibombari. La soirée commence par une prestation de l’Essewe, une danse traditionnelle du peuple sawa , le public est égayé par les instruments, les voix et pas de danses du groupe. Ensuite, on recueille les avis de quelques personnes sur le festival qui s’achève. On note de la joie et de la satisfaction de part et d’autre , sa Majesté Ndumbe Tukuru Abel, chef de Bonendale I, est très heureux d’avoir accueilli un tel évènement sur son territoire, le Pasteur Mbongo exhorte les jeunes gens à suivre les activités d’AfricAvenir et à en tirer profit. Beaucoup apprécient l’évènement et souhaitent qu’il continue l’année prochaine…

Le film de la soirée qui n’a duré que 45 minutes a été plein de leçons. L’histoire de cette petite handicapée qui décide de gagner sa vie en vendant les journaux comme les garçons a diverti le public tout entier. L’on était si concentré à regarder les images qui défilaient, que l’apparition du générique de fin a été une surprise, bien que la durée du film ait été annoncée avant. Malgré la fin de la soirée autour de 20h30, la cour de turbo bar regorgeait toujours de gens. On dirait que les populations avaient soif des soirs au village autrefois animés par des conteurs et des danseurs. Des voix s’élevaient pour demander aux membres de l’équipe d’AfricAveinr la date du prochain festival « Cinéma au village ».

En définitive, cette première édition des soirées du cinéma a eu un grand impact sur les populations des villages et même au delà , plusieurs personnes venues des contrées non ciblées par le festival ont parcouru de nombreux kilomètres pour y assister. L’Autrichienne Inge Mautner qui est arrivée de Vienne pour assister au festival était fort comblée, au point où elle a fait un reportage photos avec commentaire sur tout l’évènement. La technique de la fondation AfricAvenir International a été de son côté sans reproche , les films ont été diffusé jusqu’à leur fin, et à chaque fois qu’il y’avait projection, on déplaçait un groupe électrogène, afin de ne pas sombrer dans le noir total en cas de coupure d’électricité.

Cependant, en aucune fois, l’on a enregistré la moindre coupure pendant les projections. Toutes les fois, Merveille Moukoko traduisait en langue duala, afin que tout le monde suive. Les média ont toujours répondu présent en multipliant les reportages. Ce qui fait la différence entre ces soirées de cinéma au village et les salles de cinéma en ville, c’est qu’au village, les personnes de tout âge vont regarder les films , nous avons vu des mamans et leurs bébés, un très grand nombre d’enfants et d’adolescents, des adultes et même des vieux de plus de 90 ans, comme c’est le cas de la veuve Etonde, qui nous a un jour dit : « Je viens ici parce que c’est un évènement qui se passe au village, et donc je suis tenue d’y être. J’aimerais vivre moi-même les choses au lieu de les écouter de la bouche des autres. Quand nous étions jeunes, on ne connaissait pas le cinéma ».

Cette grande mobilisation nous indique que les Africains veulent regarder leurs films, mais qu’ils n’ont véritablement pas cette possibilité-là . Les salles de cinéma, même s’il n’en reste que trois dans tout le Cameroun, diffusent tout le temps des films venus de l’Occident, plus particulièrement d’Hollywood. L’urgence est réelle et à l’heure où nous sommes, le public attend le prochain rendez-vous des soirées du cinéma au village. Nous nous souviendrons toujours de ce petit enfant qui, plusieurs jours après la clôture du festival, nous a rencontré au stade de football de Bonendale, et a déclaré : « Je suis fâché parce que vous êtes partis ».

Au Cameroun, s’agissant des évènements qui marquent la population, on a coutume de dire : « pourvu que ça dure. »

Jean Ndoumbe
Chargé des projections

 

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