(Post-)Colonialisme entre le Cameroun et l’Allemagne. Savoir-Science et Justice

Depuis quelques années l’Allemagne connait un nouveau « boom » dans l’étude de l’histoire coloniale allemande. Celui-ci se caractérisa aussi par un dialogue méthodico-théorique entre les approches de recherche anglo-américaines et allemandes. L’importance de l’histoire coloniale allemande, aussi bien sur le plan de la représentation que sur le plan de l’invention de l’Allemagne en tant que nation devint centre d’intérêt. Les travaux récents traitent de l’histoire coloniale allemande sous une perspective globale essayant ainsi de s’émanciper des modèles centre-périphérie.

L’accent est mis sur les connexions et les interconnexions, considérant les régions européennes et extra européennes dans leur « shared history » (Cooper/Stoler) comme un champ analytique commun. L’ambition de ces nouvelles approches vise à surmonter les perspectives eurocentriques de l’Histoire Coloniale et donc la « provincialisation de l’Europe » dans cette Histoire.

Et pourtant, force est de constater une représentation affreuse des scientifiques des anciennes colonies allemandes notamment du Cameroun, dans ces nouveaux systèmes de savoir en formation et ceci, malgré l’existence dans ces pays d’une longue et vivante réflexion académique et non académique sur l’histoire coloniale allemande. Les systèmes de savoir sur ce thème existants dans ces pays ne sont ni perçus, ni reconnus en Allemagne.

La manière dont s’exerce l’hégémonie culturelle du Nord global sur le Sud global dans les universités est à peine explicitée par les scientifiques travaillant même sous la perspective postcoloniale ou critiques de la perspective eurocentrique. A travers des critères d’attribution et les objectifs de Capacity-building, les systèmes institutionnels de promotion renforcent le sentiment que le Nord se doit de « développer » les systèmes universitaires du Sud.

Cette perception de la réflexion académique du Sud sur l’histoire coloniale comme déficitaire empêche une reconnaissance et une vision constructive et dialogique. Le savoir produit et véhiculé au Sud reste ainsi exclu. Le savoir produit au Nord demeure déficitaire aussi bien sur le plan de la perspective que sur le plan épistémologique. « La critique sur l’histoire » de Soyinka comme préalable de la justice et de la réconciliation peut-elle être atteinte, sans les apports historiographiques des anciennes colonies? Quelles sont les conditions à remplir pour qu’un pareil dialogue devienne véritablement un dialogue d’égal à égal et ne perde pas sa validité?

La conférence aimerait débattre de ces questions avec les expert(e)s de l’Histoire Coloniale allemande du Cameroun. Le but de la conférence est d’entamer un processus, à partir du cas du Cameroun, qui expérimente des possibilités de mise en dialogue de différents systèmes de savoir, de nommer et de surmonter les inégalités structurelles et de créer des conditions pour parvenir à une reconnaissance réciproque.

Les contributions pourraient s’orienter aux thèmes suivants :

  • Traditions de recherche et perspectives sur l’histoire coloniale germano-camerounaise.
  • Méthodes de recherche sur le colonialisme (histoire orale, accès aux archives, banques de fichiers vidéo, archives privées, etc.)
  • Intégration de l’histoire coloniale germano-camerounaise dans les curricula des écoles et universités
  • Relevance sociale et réception de la recherche sur le colonialisme, particulièrement ayant rapport au Cameroun.

La conférence s’adresse aux participants internationaux et est ouverte à toutes les disciplines. Aussi bien les chercheurs doctorants que les chercheurs établis sont invités à y prendre part. Des moyens de transport toutefois limités seront mis à la disposition des participant(e)s venants du Cameroun et du Sud global. Les langues de la conférence sont l’anglais (de préférence), l’allemand et le français. Les résumés dans les langues susmentionnées devraient comprendre environs 200 mots auxquels sera adjoint un court curriculum vitae.

Organisateurs :
Exzellenzcluster « Die Herausbildung normativer Ordnungen »,
Groupe de Doctorants « Transnationale Genealogien » en coopération avec le  Centre de Recherche Interdisciplinaire sur l’Afrique (ZIAF), DEPO (Deutschland Postkolonial) e.V., AfricAvenir International e.V. et AGECARH (Association Germano-camerounaise pour la Recherche Historique)

Date/lieu:     
Du 19 au 20 septembre / Université Goethe de Francfort sur le Main.
Date limite de dépôt des contributions: 1 juillet 2011

Contact :
Stefanie Michels
Exzellenzcluster «Herausbildung normativer Ordnungen »,Johann Wolfgang Goethe-Universität Frankfurt
stefanie.michels(at)normativeorders.net

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