L’importance de la 2ème Guerre Mondiale pour l’œuvre et l’engagement anticolonialiste et antiraciste de Frantz Fanon (fr/dt)

Alice Cherki

Conférence tenue par Alice Cherki dans le cadre du projet «Le Tiers-Monde dans la 2ème Guerre Mondiale», Berlin, 11 septembre 2009. +++ Vortrag von Alice Cherki im Rahmen des Projekts "Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg" in Berlin, am 11. September 2009.

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|+| Alice Cherki: Über die Bedeutung des Zweiten Weltkriegs für die antikolonialen und antirassistischen Schriften Frantz Fanons (pdf)

Le jeune Fanon-il était né en 1925, avait quinze ans en 1940 et 17 en 1942-au moment où l’amiral Robert, pétainiste, et sa flotte composée du Le Béarn et l’Amiral Bertin avec dix milles marins venaient investir la Martinique et y restaient bloqués pendant quatre ans. Leur comportement pétainiste, colonial et d’un racisme extrêmement arrogant, n’hésitant pas à confisquer la nourriture, le bois et tous les ingrédients de première nécessité est encore plus quotidiennement insupportable que les méfaits de la vieille colonie, des béqués, qui tiennent toute l’économie de l’Isle mais n’approuvent pas toujours Pétain, plus insupportable donc que les rapports entre béqués et antillais de couleur.

Fanon, le jour du mariage d’un de ses frères aînés, Félix, quitte clandestinement Fort de France pour la Dominique où se fait l’entraînement de jeunes soldats résistants. Il se procure l’argent pour payer son passage en vendant les plus beaux costumes de son père. En 1943, le 24 juin, la population martiniquaise, entrée en dissidence  se soulève contre l’Amiral Robert, appelé l’Allemand et rallie les forces françaises libres. C’est  alors que  Fanon reviendra pour embarquer sur l’Oregon avec d’autres jeunes gens, constituant le bataillon 5 pour rejoindre les forces françaises libres qui s’organisent au Maroc.

Déjà l’embarquement le déçoit. Ces jeunes volontaires montent à bord de nuit quasi clandestinement tandis qu’ils pensaient qu’on allait convier les familles à venir saluer les futurs libérateurs de la France alors sous la coupe nazie. Dans l’armée aussi, dès l’arrivée au Maroc Fanon découvrira le racisme blanc, avec une véritable hiérarchie liée à l’origine et à la couleur de la peau. C’est ainsi qu’est faite la différence entre antillais et Africains. Ils ne sont pas logés dans les mêmes conditions, les Africains vivent dans des guitounes (tentes) et portent comme coiffure une chéchia, les Antillais sont logés avec les Français dans des bâtiments en dur et portent le calot.

Manville raconte cette anecdote. Quand ils rentraient de virée le soir sans leur couvre chef, la sentinelle les dirigeait, manu militari vers les guitounes. Fanon lui écrira quelques années plus tard un texte »Antillais et Africains (paru en décembre 1955 dans la revue Esprit). Ce texte montre combien, 10 ans après, cette expérience l’a marqué. Il  dit bien entre autre la différence de statut avant la guerre entre un Sénégalais et un Martiniquais et comment l’invasion de La Martinique par la flotte française (le Béarn et l’amiral Bertin) avec dix mille marins avait  provoqué en 43 le soulèvement de la population.qui avait chassé l’amiral Robert, appelé l’Allemand, car pour les martiniquais un Français ne pouvait pas être aussi ouvertement raciste. C’est alors,vous ai-je rappelé, que Fanon revint de Saint Domingue

Tout au long de la campagne qui le mènera du Maroc à Bougie en Algérie puis au  débarquement sur les côtes varoises  et vers l’Alsace, Fanon sera confronté au regard porté sur la couleur de sa peau, plus encore dans la population  que dans l’armée, et plus au Nord qu’au Sud. En effet c’est d’Alsace où il avait tenu à monter, alors que la plupart des Antillais et des Africains avaient été laissés dans le Sud de la France et vers l’Italie au nom du « Blanchiment de l’armée » prétextant que les noirs ne supporteraient pas le froid, qu’il écrit à ses parents, à sa mère notamment qui conservera cette lettre dans un coffre-fort toute sa vie « Un an que j’ai quitté Fort-de-France.

Pourquoi ? pour défendre un idéal obsolète Je doute de tout, même de moi. Si je ne retournais pas, si vous appreniez un jour ma mort face à l’ennemi, consolez vous mais ne dites jamais il est mort pour la belle cause car cette fausse idéologie, bouclier des politiciens imbéciles ne doit plus nous illuminer« Je me suis trompé !Rien ici, rien qui justifie cette décision de me faire le défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s’en fout. »

De même à Toulon le 8 mai 1945 lui et ses deux compagnons Mauzole et Manville sont délaissés par la population qui fête les Américains. Et également le rapatriement vers les Antilles. à part une brève soirée dans une maison chaleureuse à Rouen, ne fut pas très agréable : vingt-cinq jours sur un cargo, insalubre et nourris essentiellement de biscuits provenant des restes de l’armée française de 40

Le tout jeune homme qui s’était engagé pour libérer la France du nazisme garde une empreinte ineffaçable du racisme  quotidien, du regard de l’autre porté sur lui ou encore du parler « petit nègre » du style « Y a bon Banania », dans lequel on s’adressait à lui, alors qu’il était  parfaitement francophone et cultivé de surcroît. Il gardera cependant toujours sa culture de résistance, mais au service cette fois des aliénés, des colonisés, de ceux qu’il appellera « les damnés de la terre », titre de son dernier livre.

C’est ainsi marqué par cette première expérience, qu’étudiant en médecine à Lyon, suivant les cours du philosophe Merleau-Ponty, écrivant des pièces de théâtre, et continuant d’affronter le regard des passants, il s’oriente vers la psychiatrie au secours des sujets en détresse. Il participe aux initiatives des étudiants noirs, manifeste contre la répression à Madagascar de 48. Et surtout observe le traitement réservé aux ouvriers nord-africains, y compris par le corps médical. Il écrit à ce propos l’article « le syndrome nord-africain » paru en1952 dans Esprit. Il y décrit avec force et anticipation la transformation du dominé en objet, en une chose jetée dans le grand fracas, sans racine et sans devenir, dont la souffrance est inaudible et méprisée

Tous les thèmes, sur l’aliénation non seulement économique, culturelle mais également individuelle s’agencent, et cette quête de la libération de l’homme, du plus déshérité se poursuivra tout au long de la vie et de l’œuvre de Fanon.

C’est ainsi qu’à partir de la violence qui lui fut faite, comme homme de couleur colonisé, il affinera son analyse de la violence exercée par le système colonial aboutissant à deux mondes coupés l’un de l’autre (y compris dans la topographie des villes) sans espace de parole possible ? En 2002 dans la préface « aux Damnés de la terre », j’insistai déjà  sur les effets de cette situation et sur ses conséquences y compris sur le plan subjectif. Présenter l’autre comme l’incarnation du mal et soi-même comme celle du bien. Fanon en indiquait déjà les effets dévastateurs. «Celui désigné comme mal, figé sous le regard d’un autre qui le nie, éprouve d’abord de la honte désubjectivante, puis de la haine », écrivais-je alors dans la droite ligne de Fanon.

Cette coupure conduit soit à la sidération du colonisé) avec conduite de désaveu ou alors violence du corps, violence erratique qui peut se tourner sur soi ou sur le plus proche. .C’est ici que l’expérience personnelle de Fanon du racisme non seulement biologique mais culturel, et la violence, plus ou moins soft du dominant lui fait élaborer de façon très anticipatrice les conséquences subjectives de cet état des lieux Il décrit les effets sur le sujet des confiscations de langues, des violences de l’histoire, reconduites de génération en génération,  du rejet, de la dévalorisation et de l’exclusion des référents et des généalogies, des traumatismes arrêtés, figés dans une impossible élaboration pour cause de déni et de silenciation. Il en indique les effets cliniques, la honte, la sidération, le repli sur un corps en excès et pétrifié, l’infinie violence erratique.

Fanon insiste au plus près sur le réel, sur la nécessité et en même temps l’impossible d’une scène quand elle est marquée par les dénis d’existence, les dénis de mémoire et rend difficile, voire impossible, la mise en place des dispositifs de réécriture d’une mémoire empêchée. Que ce soit dans la sidération du jeune noir (lui en l’occurrence) désigné comme nègre ou du sujet colonisé ou de tout autre qui, pris dans les rets d’une violence inouïe, n’a pas les moyens d’élaborer la scène. Fanon s’est attaché à montrer les effets de sidération, de retour sur des corps sans parole qui plongent dans le trouble de l’image de soi, la honte, la déréliction, la violence erratique. Fanon était porteur dans son expérience même de cette question qu’il illustre et dans son travail psychiatrique (notamment avec les traumatismes de guerre) et dans ses recherches dès « PNMB ». Assujettissement au monolinguisme de l’autre et surtout, mise sous le boisseau, de l’esclavage aux Antilles, ailleurs de l’extermination, ailleurs encore du colonialisme. Plus encore, il esquisse que ce qui est le plus traumatique « ce n’est pas que cette culture soit détruite, mais qu’elle ne disparaisse pas totalement ».  Dans une agonie interminable, elle se momifie, s’enkyste...

Pour sortir de cet état, pour que la violence pulsionnelle ne reste pas erratique, mais conduise à une véritable libération, elle doit ^être organisée et pour les peuples opprimés dans des luttes de libération avec un but et un projet  et c’est là qu’il faut entendre Fanon jusqu’au bout sur deux points

La décolonisation est une décolonisation de l’être et non pas un accommodement conduisant à prendre la place de l’agresseur, du colonisateur en faisant comme lui mais en moins bien. Et aussi que cette libération conduit à un nouvel universalisme, comme en témoigne la conclusion à son intervention au Premier colloque des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne en octobre 1956, en pleine guerre d’Algérie, intervention écrite à Blida pendant l’été :

« La culture « spasmée » et rigide de l’occupant, libérée s’ouvre enfin à la culture du peuple devenu réellement frère.  Les deux cultures peuvent s’affronter, s’enrichir. L’universalité réside dans cette décision de prise en charge du relativisme réciproque de cultures différentes une fois exclu irréversiblement le statut colonial ». 

Ces deux points sont les plus difficiles à entendre de nos jours car Fanon a toujours gardé son espoir et sa quête de l’homme, celle qui lui faisait écrire en conclusion de PNMB « oh mon corps fais toujours de moi un homme qui interroge » et à la fin des « damnés de terre » le faisait appeler les africains à « inventer un homme neuf ».

Je vous remercie
Septembre 2009

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Alice Cherky: Über die Bedeutung des Zweiten Weltkriegs für die antikolonialen und antirassistischen Schriften Frantz Fanons

Von Alice Cherki

Vorgetragen im Rahmen des Projekts „Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg“, Uferhallen, Berlin-Wedding, am 11.9.2009

Der junge Frantz Fanon, geboren 1925, war 1940 15 Jahre alt, und 17 als Admiral Robert, ein General Pétain-Anhänger, 1942 mit einer Flotte von Flugzeugträgern bestehend aus der Béarn und der Amiral Bertin sowie mit 10.000 Marinesoldaten die Insel Martinique belagerten und 4 Jahre lang besetzt hielten. Ihr pétainistisches und kolonialistisches Verhalten war geprägt von einem äußerst arroganten Rassismus; sie zögerten nicht Nahrungsmittel und Holz sowie andere überlebenswichtige Dinge zu beschlagnahmen. Dieses Verhalten war im täglichen Leben noch unerträglicher als die Verbrechen der alten weißen Kolonisatoren, der Béké, in deren Händen sich die gesamte Wirtschaft des Landes befand, die jedoch nicht immer für Pétain waren. Dieses Verhalten war also noch unerträglicher als das der weißen Béké-Kaste gegenüber der dunkelhäutigen Antillenbevölkerung.

Am Tag der Heirat seines älteren Bruders Felix verlässt Fanon heimlich die Hauptstadt Fort-de-France und setzt auf die Antilleninsel Dominica über, wo junge Widerstandskämpfer ausgebildet werden. Er beschafft sich Geld für die Überfahrt, indem er die schönsten Anzüge seines Vaters verkauft. Am 24. Juni 1943 erhebt sich die Bevölkerung von Martinique gegen Admiral Robert, der „l’Allemand“ „der Deutsche“ genannt wird, und verbündet sich mit den FFL, Forces Francaises Libres (Freie Französische Streitkräfte). Damals kehrt Fanon wieder zurück, um sich auf der Oregon zusammen mit anderen jungen Männern im 5. Bataillon den FFL anzuschließen, die sich in Marokko organisierten.
Bereits die Einschiffung enttäuscht ihn. Die jungen Freiwilligen müssen heimlich nachts an Bord gehen. Eigentlich hatten sie sich vorgestellt, dass die Familien die zukünftigen Befreier des nazibesetzten Frankreichs am Quai winkend und jubelnd verabschieden würden. Auch bei seiner Ankunft in Marokko wird Fanon in der Armee weißen Rassismus kennenlernen, eine wahre Hierarchie der Hautfarbe. Es wird ein Unterschied gemacht zwischen Antillensoldaten und afrikanischen Soldaten. Während die Afrikaner in „Guitounes“ (Zelten) schlafen müssen und das rote Käppchen „Chechia“ tragen, werden die Antillensoldaten mit den Franzosen in Gebäuden untergebracht und tragen Feldmützen.
Manville erzählt folgende Anekdote. Wenn sie abends nach Einsätzen ohne Kopfbedeckung ins Lager zurückkehren, wurden sie von einem Wachhabenden mit Gewalt zu den Zelten geführt. Fanon wird einige Jahre später eine Schrift verfassen „Antillais et Africains“, die in der Zeitschrift Esprit im Dezember 1955 erschien.

Diese Schrift zeigt, wie sehr ihn diese Erfahrung 10 Jahre zuvor geprägt hat. Es spricht unter anderem vom Statusunterschied vor dem Krieg zwischen einem Senegalesen und einem Martiniquer und davon, wie die Invasion der Insel Martinique durch die Französische Flotte (mit der Béarn und der Amiral Bertin sowie mit 10.000 Marinesoldaten) zur Auflehnung der Bevölkerung im Jahre 1943 führte. Admiral Robert, genannt „der Deutsche“, denn für die Martiniquer konnte ein Franzose nicht so offen Rassist sein, wurde gestürzt. Zu dieser Zeit also, kam Fanon von Saint-Domingue zurück.

Während des Feldzugs, der Fanon von Marokko nach Bougie in Algerien und danach nach der Landung an der Var-Küste in Frankreich bis ins Elsass führte, wird der junge Soldat immer wieder konfrontiert mit dem erniedrigenden Blick auf seine Hautfarbe, mehr in der Bevölkerung als in der Armee, und mehr im Norden als im Süden. In der Tat kämpfte Fanon im Elsass, - er bestand darauf, dort eingesetzt zu werden - während die meisten Antiller und Afrikaner eher im Süden Frankreichs und gegen Italien kämpften. Der Einsatz im Süden diente einem sogenannten „Weißmachen der Armee“ („Blanchiment de l’armée“) und wurde angeordnet mit dem Vorwand, dass die Schwarzen die Kälte nicht überstehen würden.

Aus dem Elsass nun schrieb Fanon an seine Eltern, vor allem an seine Mutter, die diesen Brief ihr Leben lang in einer verschlossenen Kiste aufbewahrte - Zitat: „Ein Jahr ist es her, dass ich Fort-de-France verlassen habe. Wozu? Um ein überkommenes Ideal zu verteidigen. Ich bin voller Zweifel, auch gegen mich selbst. Wenn ich nicht zurückkehre, wenn Ihr eines Tages von meinem Tod auf dem Schlachtfeld hört, so suchet Trost, aber saget niemals, er ist für die gute Sache gestorben, denn diese falsche Ideologie, Vorwand dummer Politiker, soll Euch nicht den Blick verschleiern. Ich habe mich geirrt! Nichts hier, aber auch gar nichts, rechtfertigt diese Entscheidung, mich zum Verteidiger der Interessen des Kolonialherrn zu machen, wenn es dem Kolonialherrn egal ist, wie man uns behandelt.“

Am 8. Mai 1945 feiert die Bevölkerung die Amerikaner in Toulon, aber er und zwei seiner Landsleute Mauzole und Manville werden ignoriert, übergangen. Auch die Rückkehr der Kämpfer in die Antillen, mit Ausnahme einer kleinen Feier in einem netten Haus in Rouen, war nicht sehr angenehm: 25 Tage auf einem schmutzigen Frachter, täglich abgespeist mit Keksen aus den französischen Armeebeständen von 1940.

Der junge Mann, der für die Befreiung Frankreich vom Nationalsozialismus gekämpft hatte, blieb ein Leben lang geprägt von der hartnäckig anheftenden Spur des täglichen Rassismus, die er erfahren hat, dem beschämenden Blick des anderen auf ihn oder auch die verletzenden verbalen Entgleisungen, die ihm widerfuhren, wie „Ya bon Banania “ (rassistischer Slogan gegen Kolonialsoldaten und Verballhornung der Sprache der afrikanischen Kolonien) und das obwohl der junge Mann perfekt frankophon und obendrein kultiviert war. Er wird immer seinen Widerstandsgeist behalten, doch ab jetzt wird er diesen für die Entfremdeten, die Kolonisierten einsetzen, für die, die er die „Verdammten dieser Erde“, Titel seines letzten Werkes, nennen wird.
Geprägt also von dieser ersten Erfahrung beginnt er in Lyon Medizin zu studieren, besucht Kurse des Philosophen Merleau-Ponty, schreibt Theaterstücke und hält weiterhin schmerzlich den Blicken der Passanten stand.

Er wendet sich der Psychiatrie zu, um denen zu helfen, die vor inneren Abgründen stehen. Er nimmt teil an Initiativen schwarzer Studenten und demonstriert gegen die Verfolgungen in Madagaskar im Jahr 1948. Vor allem beobachtet er auch die Behandlung der nordafrikanischen Arbeiter, auch durch Ärzte bei medizinischen Behandlungen. Er schreibt 1952 zu diesem Thema einen Artikel, der in der Zeitschrift Esprit erscheint: Das nordafrikanische Syndrom. Kraftvoll und hellsichtig beschreibt er darin die Verwandlung des Beherrschten in ein Objekt, in ein Ding, das zerschlagen und weggeworfen wird, ein Ding, vergangenheitslos und zukunftslos, dessen Leiden unhörbar sind und missachtet werden.

All die Themen über die Entfremdung nicht nur in wirtschaftlicher, kultureller sondern auch individueller Hinsicht bestimmen von nun an sein Werk und sein Leben mit der lebenslangen Suche nach der Befreiung des Menschen, des Entfremdeten, des Enterbten.

Ausgehend von der Gewalt, die ihm als kolonisierten, Schwarzen Menschen begegnet ist, verfeinert er seine Analyse der vom Kolonialsystem ausgeübten Gewalt. Er macht zwei Welten aus, die von einander auch in der Topographie der Städte völlig abgetrennt sind, - ohne jede sprachliche Brücke? Im Jahr 2002 habe ich im Vorwort zu den „Verdammten dieser Erde“ mit Nachdruck auf die Auswirkungen dieser Situation und die Konsequenzen auch für die Kolonisierten hingewiesen. Den Anderen als die Inkarnation des Bösen darzustellen und sich selbst als das Gute zu bezeichnen: Fanon wies bereits auf die zerstörerische Wirkung eines solchen Handelns hin. „Derjenige, der als das Böse bezeichnet wird, empfindet, gedemütigt vom Blick des Anderen, der ihn verleugnet, zunächst eine entmenschlichende Scham, danach Hass“, schrieb ich ganz in der Linie von Fanon.

Dieser Schnitt führt entweder zur Erstarrung beim Kolonisierten begleitet von einer Leugnung des Körpers oder von körperlicher Gewalt, eine erratische, fehlgeleitete Gewalt, die gegen den eigenen oder den Körper des Nächsten gerichtet sein kann. Das ist die persönliche Erfahrung Fanons zu nicht nur biologischem sondern auch kulturellem Rassismus und die mehr oder weniger softe Gewalt des Beherrschenden führt dazu, dass Fanon sehr hellsichtig die Konsequenzen dieses Zustandes auf das Individuum entwickelt. Er beschreibt die Auswirkungen beim Verbot eigener Sprachen, bei Gewalterlebnissen in der Geschichte, die von Generation zu Generation weitergegeben werden, bei Ablehnung, bei Entwertung und Verbot von Traditionen, bei offenen Traumata, die nicht verarbeitet werden können aufgrund von Leugnung und Tabuisierung der Erinnerung.

Er zeigt die klinischen Auswirkungen auf die Scham, die Erstarrung, den inneren Rückzug des Menschen in einem verleugneten und versteinerten Körper, die endlos erratisch-fehlgeleitete Gewalt. Fanon beharrt fest auf dem Realen, auf der Notwendigkeit der Überwindung und gleichzeitig der Unmöglichkeit, wenn diese Situation von Verleugnung der Existenz, von Verleugnung der Erinnerung geprägt ist. Sie macht eine Aufarbeitung dieser Erinnerung dann äußerst schwer, fast unmöglich. Wie bei der Erstarrung des jungen Schwarzen (Fanons eigner Erstarrung im vorliegenden Fall), der als „N...“ bezeichnet wurde oder des kolonisierten Untertan oder irgendeines anderen Menschen, der gefangen in den Netzen einer unfassbaren Gewalt, keine Möglichkeit hat, seine Situation zu beeinflussen.

Fanon ging es darum, die Auswirkung der Erstarrung aufzuzeigen, den inneren Rückzug in die Sprachlosigkeit, der einem den Blick verstellt für das eigene Ich, die Scham, die Verlassenheit, die fehlgeleitete Gewalt. Fanon selbst kannte dies aus eigener Erfahrung und er zeigt es auf, in seinen psychiatrischen Arbeiten (insbesondere bei Kriegstraumata) und in seinen Forschungen seit dem Werk „Schwarze Haut, weiße Masken“.

Die Unterwerfung des Anderen unter einen Monolinguismus, und vor allem, oft heruntergespielt, die Sklaverei in den Antillen, oder andernorts die Ausrottung, oder auch der Kolonialismus, Fanon geht noch weiter, er zeigt das Traumatischste auf: „Das Schlimmste ist nicht, dass diese Kultur zerstört wurde, sondern, dass sie nicht ganz untergeht“. In einer endlosen Agonie mumifiziert sie sich, kapselt sie sich ein…

Um aus diesem Zustand herauszufinden, damit die triebhafte Gewalt nicht fehlgeleitet bleibt, sondern zu einer wahren Befreiung führt, muss sie organisiert werden. Sie muss für die unterdrückten Völker in Befreiungskriegen ein Ziel und einen Inhalt bekommen, und da muss man Fanon bis zum Schluss anhören, zwei Punkte hören, die er benennt.

Die Entkolonialisierung ist eine Entkolonialisierung des Individuums, und nicht eine Anpassung, die dazu führt, dass der Platz des Aggressors, des Kolonialherrn eingenommen wird, wobei dieser, und das auch noch schlecht, kopiert wird. Wenn diese Befreiung auch zu einer neuen universalen Befreiung führt, wie Fanon es in seinem Schlusswort bei seiner Rede bezeugt, auf dem Ersten Kolloquium der schwarzen Autoren und Künstler in der Sorbonne im Oktober 1956, mitten im Algerienkrieg, in einer Rede, die er im Sommer in Blida geschrieben hatte - Zitat: „Die befreite, verkapselte und erstarrte Kultur öffnet sie sich endlich der Kultur des Volkes, die eine wahrhaft brüderliche Kultur geworden ist. Die beiden Kulturen können unversöhnlich einander gegenüberstehen, sie können sich aber auch bereichern. Die universale Befreiung besteht in dieser Entscheidung des Wahrnehmens des gegenseitigen Relativismus der verschiedenen Kulturen, dann wenn endlich und unwiderruflich der koloniale Status aufgegeben wurde.“

Die beiden Punkte sind heute noch am Schwersten zu hören. Denn Fanon hat immer seine Hoffnung behalten mit seiner Suche nach dem Menschen, einer Suche, die ihn am Ende von „Schwarze Haut, weiße Masken“ schreiben ließ: „oh, mein Köper wird aus mir immer einen fragenden Menschen machen“ und die ihn am Ende von „Verdammten dieser Erde“ den Afrikanern zurufen ließ: sie sollen „einen neuen Menschen schaffen“.
Ich danke Ihnen!   

Gehalten in Berlin am 11. September 2009
Übersetzung: Kristin von Randow

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