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Post 2015 : Une vision pour un développement africain basé sur le savoir et les ressources autochtones - Chika Ezeanya

[Translate to français:] Dr. Chika Ezeanya

Abstrait: Il est crucial de commencer les discussions en comprenant le développement africain comme un processus endogène qui requiert les Africains eux-mêmes à sa tête. Il est nécessaire de renforcer les idées africaines, qui serviront de fondations aux actions politiques, à la transformation sociale et, au final, à une forme de croissance.

This article is a part of the Pambazuka Special Issue "From MDGs to SDGs: Claims vs. reality", published on May 29th 2015 as a result of the cooperation between AfricAvenir and Pambazuka.

2015-05-29, Issue 728

Les délibérations sur le chemin idéal vers le développement pour la période post 2015 ont culminé dans le monde entier. Dans ces débats, l’Afrique tient la première place comme le continent qui n’a pas réussi à atteindre plusieurs des Objectifs de développement du millénaire (Odm). Les Odm ont essayé et ont en fait défini ce que le développement devrait signifier en Afrique. Ils ont déroulé des stratégies pour réaliser des objectifs de développement préfabriqués et ont alloué des fonds afin de développer l’Afrique. Une décennie plus tard, le fait que les Odm n’ont pas atteint leurs objectifs concernant le développement en Afrique, suggère la nécessité d’un virage radical dans l’élaboration de nouveaux objectifs.

La proposition récemment publiée pour des Objectifs de développement durable (Odd) offre des plans très intéressants et pourrait être une base solide pour des discussions concernant la position de l’Afrique dans l’ère d’après 2015. Il est toutefois crucial de commencer les discussions en comprenant le développement africain comme un processus endogène qui requiert les Africains eux-mêmes à sa tête. Il est nécessaire de renforcer les idées africaines, qui serviront de fondations aux actions politiques, à la transformation sociale et, au final, à une forme de croissance. D’authentiques tribunes africaines et des compétences douces, les processus et les systèmes doivent être renforcés afin d’améliorer les chances des Africains de prendre la tête des efforts de développement.

Ce texte explore d’abord les fondations posés par les Odm, puis discutera des Odd en examinant leurs aspects positifs et négatifs pour finalement mettre en évidence la raison pour laquelle l’accent doit être mis sur la construction des capacités indigènes en Afrique, basé sur le savoir élaboré en Afrique.

LES OMD ONT ENTRAVE LES APPROCHES AFRICAINES INDEPENDANTES

Selon l’index de performances des Odm, qui sont presque au bout de leur terme, celles-ci ont été moins bonne en Afrique subsaharienne. Ce résultat ne devrait pas être une surprise compte tenu de la performance également mauvaise dans l’Official Development Assistance qui reste le modèle des Odm. En effet les Odm en Afrique ont été construites sur le sable et il était clair que la réalisation de ces objectifs était dépendante des donateurs. La crise économique globale, ou plutôt occidentale, s’est conjuguée avec la fatigue des donateurs, ayant pour conséquence l’impossibilité d’atteindre les objectifs. Mais même en l’absence hypothétique de la crise économique globale, les doutes et les questions persistent en ce qui concerne les Odm : la question du montant de la somme payée aux nations développées d’aujourd’hui qui leur a permis d’atteindre leur niveau actuel reste posée. La réponse dans la plupart des cas est : zéro

LA DEPENDANCE N’EST PAS LE CHEMIN DU PROGRES

La dépendance étouffe la créativité et l’innovation. Et ce sont ces deux éléments qui ont construit et soutenu le monde développé, non l’assistance. Les piliers de l’ère moderne ont été construits et maintenus par des citoyens constamment en quête de solutions pour les défis de leur époque, en faisant usage des ressources à leur disposition. Les Odm, ont privé les pays africains de ce besoin humain fondamental de penser, de décider et d’agir indépendamment afin de générer le progrès sociétal et environnemental.

La tâche consistant à financer et à mettre en forme les Odm a principalement incombé aux nations développées avec, pour corollaire, qu’une bonne part de sa réussite échoit aussi à cette partie du monde. Ezeanya (2013) note que "les Omd ont été établi sur la base de l’expertise supposée des complexités du développement dans les pays en voie de développement de la part des nations développées, le discours étant ‘nous-savons-ce-qui-est-bon-pour-vous-et-comment-l’obtenir’. Les Omd sont fondés sur un complexe de supériorité déguisé, qui considère les citoyens des pays en voie de développement comme des gens incapables de comprendre les complexité de leur propre existence et par conséquent incapable de formuler des solutions fonctionnelles locales ".

L’AGENDA DU DEVELOPPEMENT POUR L’AFRIQUE POST 2015

Au vu des insuffisances apparentes des Omd, il est essentiel que les gouvernements, intéressés par un agenda effectif et étendu pour l’Afrique pour la période post 2015, analysent les Odd qui ont été soumis en septembre 2014 lors de la 69ème Assemblée générale des Nations Unies. Ce document est le rapport final de l’United Nations Open Working Group de Rio+20. Il comporte 17 objectifs et 169 cibles. Son intention était d’intégrer les dimensions sociales, économique et environnementales dans le développement.

Au cours de la 69ème Assemblée, l’espace tant attendu pour des négociations intergouvernementales sur l’agenda de développement post 2015, a été ouvert. L’agenda final devrait être adopté en septembre 2015. Les Odd ont été déclaré ‘document fondamental’ pour les négociations futures, conjointement avec des expériences préalables, les leçons apprises des Omd et autres documents et idées provenant de gouvernement et d’organisations non gouvernementales.

LE ROLE DU FINANCEMENT DE L’AGENDA DU DEVELOPPEMENT POST 2015 

Il est crucial de souligner que l’agenda post 2015 ne doit pas reproduire la dépendance financière qui a été à la base du précédent plan de développement global, y compris les Omd. Malheureusement, comme le démontrent les propos tenus par des partis clés impliqués dans l’élaboration du cadre post 2015, l’argent est à nouveau placé à l’avant de l’agenda de développement post 2015. En 2014, Dilma Rousseff, présidente du Brésil, commentait au cours du débat de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les Odd : "Nous devons être ambitieux en ce qui concerne le financement, particulièrement à l’égard des pays les moins développés"[1] Dans un rapport présenté le 17 octobre 2014, le comité d’experts qui a élaboré le financement des Odd, estimait que 66 milliards de dollars étaient nécessaires annuellement pour éradiquer la pauvreté dans tous les pays. Selon le membre du comité, Geir Pedersen, représentant permanent de la Norvège auprès des Nations Unies, "ce qui est important dans ce rapport, et aussi dans les discussions et la préparations d’autres rapports, est que -vous savez- nous, la Norvège et d’autres donateurs, nous devons tenir nos promesses concernant l’assistance officiel au développement et ceci est important- particulièrement pour les pays les moins développés, c’est très important. Mais si nous voulons réussir nous avons besoin de tellement plus". [2]

Ces déclarations, faites par des agents clés de post 2015, s’avèrent perturbantes pour l’Afrique dans son rôle de récipiendaire de l’aide pour des décennies sans avoir grand-chose à donner en contrepartie. Mais qu’est-ce qui pourrait rendre les objectifs post 2015, durables ?

LA VERITABLE DURABILITE : INSTRUCTION APPROPRIEE ET RENFORCEMENT DES CAPACITES

Au cœur des stratégies et plans pour l’Afrique pour la période post 2015, on doit mettre l’accent sur le renforcement de la pensée indépendante et critique des Africains. Mais comment les Africains peuvent-ils réussir à générer des idées qui sont en harmonie avec leur localité tout en étant en accord avec les standards globaux internationaux - ce qui serait la définition même d’un développement durable ? Comme l’a déclaré l’auteur ailleurs, "la question pour l’agenda africain post 2015 devrait être ‘comment’ et non ‘quoi’ ? Les Odm ont tenté d’aborder la question du ’quoi’, c'est-à-dire, la faim, la mauvaise santé, la dégradation de l’environnement, etc. Un agenda post 2015 doit se focaliser sur comment renforcer les Africains pour qu’ils comprennent les défis uniques et les abordent avec des ressources indigènes et des outils produits localement facilement accessibles". [3]

Un agenda de développement post 2015 pour l’Afrique doit mettre l’accent sur la capacité des Africains à identifier, faire croître et renforcer leurs propres systèmes et processus. Le renforcement des capacités est un concept et non juste un transfert de savoir occidental vers l’Afrique sub-saharienne, comme il semble que ce soit actuellement préconisé par les institutions globales. Le renforcement de capacités durables doit fortement encourager les Africains à chercher au cœur de leur propre système de savoir pour développer des idées pour les principaux secteurs.

Pour qu’un développement durable puisse avoir lieu, il est nécessaire de se concentrer sur la promotion d’une instruction de qualité et sur l’amélioration de l’accès aux technologies appropriées dans tout le continent africain. Les processus technologiques doivent être simplifiés et dilués dans toutes les communautés rurales où résident la majorité des Africains. La technologie doit aussi être produite localement et enraciné dans la base afin d’encourager la créativité et l’innovation. Une instruction de qualité, pour sa part, est d’abord une affaire de contenu. Elle doit consister en un curriculum basé sur le savoir autochtone qui reconnaît fortement et se construit sur les réalités locales. Une telle forme d’instruction englobe la créativité, l’innovation, les valeurs et les engagements en faveur d’une vision nationale qui sont les aspirations communes de la société.

La question essentielle à poser lors de l’élaboration du cadre des Odd est de savoir de quoi les Africains ont besoin de connaitre sur eux-mêmes qu’ils ne savent pas encore. Dans les domaines de la pharmacologie, de la gouvernance, de l’agriculture, de la pédagogie, etc., cette question est nécessaire parce que l’Afrique a été, en grande partie, dépouillée par tout le monde et par elle-même des idées et pratiques authentiques du continent. Le renforcement des systèmes de savoir propres à l’Afrique aura un effet qui se répercutera dans tous les domaines, dont l’un est la croissance des innovations locales

DEVELOPPEMENT DES INFRASTRUCTURES

Les tentatives pour mettre l’accent sur le développement des infrastructures comme faisant partie du développement doivent être prudentes. Les infrastructures ne peuvent être seulement utilisées, entretenues et améliorées par des mains compétentes. La compétence englobe des capacités socio-psychologiques, la confiance en soi, la force de caractère, l’empathie et l’engagement à l’égard des hommes et des femmes en faveur d’idéaux et de valeurs progressistes et positifs. Essentiellement, et pendant que l’Afrique a un urgent besoin de développement de ses infrastructures, il y a un besoin même plus urgent pour, d’une part, rendre les Africains à même d’identifier leurs propres défaillances et besoins, d’autre part à reconnaître leur force, leurs compétences et leurs ressources. Avec ces compétences, les infrastructures peuvent être développées localement et à bon marché.

CONCLUSION

Dilma Rousseff, présidente du Brésil, a déclaré à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies qu’"il sera crucial pour nous d’identifier les moyens de mise en œuvre qui correspondent à la magnitude des défis que nous nous sommes engagés à relever" [4]. Pour Sam Kutesa, le président de l’Assemblée générale, les Etats membres doivent travailler sans relâche au cours des douze prochains mois afin de se mettre d’accord sur "un agenda véritablement transformateur", afin d’améliorer la vie de tout le monde. 

Cette déclaration établit le besoin pour l’identification de moyens nouveaux et innovants pour réussir, après l’expiration des Odm. Un programme de développement post 2015 pour l’Afrique doit se distancer radicalement des Odm s’il veut réussir. Ceci peut être réalisé de diverses façons. En partie, en déplaçant la focalisation sur les obligations financières de la part des pays développés vers le moyen d’encourager les Africains à renforcer leurs propres systèmes et savoir. Le renforcement des capacités est la clé, mais seulement s’il se concentre sur comment les systèmes de savoir africains peuvent être développés au niveau endogène par une qualité de l’instruction clairement définie.

NOTES

1] UN begins talks on SDGs, ‘carrying the hopes of millions and millions’, September 24, 2014.
http://bit.ly/1rm0gqs

2] UN / FINANCING POST-2015 DEVELOPMENT, 17th October, 2014.
http://bit.ly/1KDm2OK

3] Dr. Chika Ezeanya: After 2015, then what? Africa in a post-MDGs era - http://bit.ly/1Ic9EF6

4] UN begins talks on SDGs, ‘carrying the hopes of millions and millions’, September 24, 2014.
http://bit.ly/1rm0gqs

** Chika Ezeanya, (www.chikaforafrica.com) est un chercheur, écrivain et intellectuel public, dont les travaux se concentrent sur la détermination des stratégies appropriées pour la promotion authentique et durable de l'Afrique, fondée sur la connaissance indigène et les stratégies du potager. Chika Ezeanya a reçu son doctorat en Développement de l'Afrique et en Etudes politiques de Howard, à Washington DC. Il a travaillé comme consultant de la Banque mondiale à Washington DC, au Rwanda et au Nigeria. Ezeanya Chika faisait partie des consultations du Pnud sur un programme de développement post-2015 pour l'Afrique à Johannesburg en 2013. Elle est actuellement engagé à l'Université du Rwanda. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger.

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