La Magie du Conte — Engingila ye ? Ewese !

Pouvez-vous traduire avec précision cette exclamation qui introduit et accompagne un conte de chez nous tout le long de l’histoire? Je n’y suis pas encore parvenu. Mais nous savons que c’est l’instrument privilégié du magicien de l’oralité qui nous interpelle.
La Magie du Conte — Engingila ye ? Ewese !
Pouvez-vous traduire avec précision cette exclamation qui introduit et accompagne un conte de chez nous tout le long de l’histoire ? Je n’y suis pas encore parvenu. Mais nous savons que c’est l’instrument privilégié du magicien de l’oralité qui nous interpelle, qui nous motive, qui nous encourage ? l’écouter, ? le suivre, pour qu’il nous conduise vers un monde merveilleux, plein de suspense, entouré d’énigmes, de messages ? décoder, un monde qui traverse en permanence les limites du vivant et du mort, un monde en réalité qui n’est qu’une entité, un tout, les vivants et les morts ne formant que des catégories d’un seul ensemble.
Engigilaye ? Ewese !
De février ? avril 2004, nous avons vécu des soirées fascinantes ? AfricAvenir Douala, des soirées d’un lyrisme rarissime dans une langue camerounaise comme le duala, maîtrisé ? merveille par le groupe « Bongongi ba Bele Bele » sous la direction du conteur Gaston Eboumbou. Beaucoup d’entre nous avions entendu parlé de l’épopée « Jeki la Njamba Inono », mais ? vrai dire, ni les adultes, ni les jeunes, ni les enfants n’avaient vraiment eu l’occasion d’entendre conter cette épopée ou de voir le conte en spectacle. Des pères de famille qui après la séance avouaient : « Je savais que l’épopée existait, mais jamais, je ne l’avais entendu conter » Et que dire alors de leurs enfants ? Le soir, pendant quatre heures d’affilée, sans pause, parents et enfants restaient accrochés sur les lèvres des magiciens du verbe évoluant en chansons, avec des pas de danses rythmés, déclamant une langue duala littéraire peu commune. Qui pouvait imaginer que les langues africaines seraient dotées d’une telle richesse littéraire et artistique bien différente du parler de tous les jours ? Les chanteurs du « mvet » béti ont été détrônés par les musiciens du bikutsi qui n’ont plus ce souci de la beauté lyrique du texte.
Engingilaye ? Ewese !
Pendant les trois mois du conte ? AfricAvenir Douala, nous avons découvert les mythes, l’interprétation religieuse du monde, le rapport de Dieu avec les Hommes, le rapport de l’Homme avec les forces visibles et invisibles de la nature et de l’univers. On découvre tout d’un coup, ? travers un conte, la philosophie qui régit et contribue ? l’organisation de nos sociétés africaines, mais aussi les structures politiques du pouvoir, les règles de droit et de l’organisation sociale, les interdits, les tabous, les conséquences d’une infraction, les sanctions et punitions, mais aussi la résolution des conflits. Ici, la palabre africaine occupe toute sa dimension. On suit comment les conflits naissent, comment ils engendrent des guerres, comment des oppositions farouches et héréditaires se forment, et le spectateur se demande tout le long du spectacle comment le conflit sera dénoué. Avec l’épopée de « Jeki la Njamba Inono », l’interprétation africaine de l’unité du monde des morts et des vivants prend toute sa dimension. Jeki peut naître et grandir, mais il peut aussi retourner dans le ventre de sa mère et naître ? nouveau, il peut se transformer en colosse et reprendre la taille normale, ? volonté, selon les besoins de la cause. Et c’est ici que la science des plantes médicinale nomme les plantes, herbes et feuilles avec leur fonction thérapeutique ou magique, l’alliance de l’homme avec la nature et leur interaction sont mis en scène par un spectacle émouvant.
Ce qui a surpris, c’est que des spectateurs ne comprenant aucun mot duala restaient jusqu’? la fin d’un spectacle de quatre heures, et ? notre question ? une Allemande comment elle n’est pas sortie après une demi-heure, elle répondit: « Je ne sais pas, je ne pouvais tout simplement pas partir ». Mais l? se pose aussi le problème de spectacle livré dans une langue camerounaise, dans une ville aussi cosmopolite que Douala. Comment procéder pour faire participer tout le monde ? Il serait judicieux dans la phase actuelle de prévoir des résumés du texte en français ou en anglais dans une petite brochure, cela permettrait aux non locutifs de mieux suivre le spectacle. Les acteurs devraient aussi parfaire leur interprétation de telle manière qu’un compromis soit trouvé entre le verbe exubérant et le geste qui résume le contenu du message pour que la compréhension soit plus facile et la participation du spectateur plus active.
Le conte n’a pas de frontières. Babacar Mbaye, le prince sénégalais de la parole, le magicien du verbe, a été envoyé par la Fondation Youssou Ndour ? Douala pour participer ? ces manifestations d’AfricAvenir. Ce fut l’émerveillement devant cet ancien étudiant en histoire de Cheikh Anta Diop qui évolua dans un spectacle de contes avec des écrivains conteurs camerounais.. Et que dire des hôtes allemands, qui, dans le cadre du programme « Exchange and Dialogue » d’AfricAvenir, ? Kribi, ont emmené des contes allemands anciens qu’ils ont lus ou des contes modernes rédigés par eux-mêmes et dont les Africains ont frileusement demandé copies ? Vous avez dit dialogue ? travers le conte ?
D’octobre ? novembre 2004, AfricAvenir reprend l’expérience et l’étendra aux écoles de Douala IVè. Cette phase permettra de voir avec les enseignants comment développer des méthodes didactiques pour l’enseignement de nos langues ? l’école, ? travers l’utilisation du conte interprété dans nos langues maternelles. Nous sommes heureux de signaler que cette expérience a été possible ? Douala grâce au soutien actif du Ministère autrichien de l’éducation, de la science et de la culture qui a soutenu le projet sur «Diversité linguistique et alphabétisation dans une perspective globale – Une perspective comparative des pratiques dans les pays d’Europe et d’Afrique » impliquant les pays réunis au sein du Conseil de l’Europe et des organisations africaines engagées dans le soutien de la pluralité linguistique dans leurs pays. L’Union Africaine, ? travers l’Académie Africaine des Langues (ACALAN), annonce déj? pour l’année prochaine l’année internationale des langues africaines…!
Que le conte aie de belles soirées pendant les mois qui suivent ? AfricAvenir!
Prince Kum’a Ndumbe III

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