{"id":1642,"date":"2010-01-13T17:05:00","date_gmt":"2010-01-13T16:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africavenir.com\/achille-mbembe-cinquante-ans-de-decolonisation-africaine\/"},"modified":"2023-10-06T11:25:05","modified_gmt":"2023-10-06T09:25:05","slug":"achille-mbembe-cinquante-ans-de-decolonisation-africaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africavenir.org\/en\/achille-mbembe-cinquante-ans-de-decolonisation-africaine\/","title":{"rendered":"Achille Mbembe: Cinquante ans de d\u00e9colonisation africaine"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;historien camerounais Achille Mbembe livre ici son bilan des cinquante ann\u00e9es de l&#8217;Afrique ind\u00e9pendante. Un beau texte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d&#8217;o\u00f9 ne sort malheureusement aucune proposition concr\u00e8te&#8230; Le &quot;New Deal&quot; qu&#8217;il \u00e9voque est en effet impraticable sur le terrain, tout simplement parce qu&#8217;il s&#8217;oppose \u00e0 la souverainet\u00e9 des Etats. <\/p>\n<p><b>Nous voici donc en 2010, cinquante ans apr\u00e8s la d\u00e9colonisation. Y-a-t-il vraiment quoi que ce soit \u00e0 comm\u00e9morer ou faut-il au contraire tout reprendre ?<\/b><\/p>\n<p>Restauration autoritaire par-ci, multipartisme administratif par l\u00e0, ailleurs maigres avanc\u00e9es au demeurant r\u00e9versibles et, \u00e0 peu pr\u00e8s partout, niveaux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s de violence sociale, voire situations d\u2019enkystement, de conflit larv\u00e9 ou de guerre ouverte, sur fonds d\u2019une \u00e9conomie d\u2019extraction qui, dans le droit fil de la logique mercantiliste coloniale, continue de faire la part belle \u00e0 la pr\u00e9dation \u2013 voil\u00e0, je dirais, le paysage d\u2019ensemble.<\/p>\n<p>Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas \u00e0 m\u00eame de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours \u00e0 la merci de satrapes dont l\u2019objectif unique est de rester au pouvoir \u00e0 vie. Du coup, la plupart des \u00e9lections sont truqu\u00e9es. On sacrifie aux aspects proc\u00e9duraux les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la concurrence, mais l\u2019on garde le contr\u00f4le sur les principaux leviers de la bureaucratie, de l\u2019\u00e9conomie, et surtout de l\u2019arm\u00e9e, de la police et des milices. La possibilit\u00e9 de renverser le gouvernement par la voie des urnes n\u2019existant pratiquement pas, seul l\u2019assassinat, la r\u00e9bellion ou le soul\u00e8vement arm\u00e9 peuvent contredire le principe de la continuation ind\u00e9finie au pouvoir. Globalement, les choses sont donc plut\u00f4t bloqu\u00e9es, surtout en Afrique francophone o\u00f9, les manipulations \u00e9lectorales et les successions de p\u00e8re en fils aidant, l\u2019on peut dire que l\u2019on vit, de facto, sous des chefferies masqu\u00e9es.<\/p>\n<p><b>O\u00f9 allons-nous ?<\/b><\/p>\n<p>Quatre tendances lourdes me frappent aussi. La premi\u00e8re est l\u2019absence d\u2019un r\u00e9el projet d\u00e9mocratique, d\u2019une pens\u00e9e de la d\u00e9mocratie qui constituerait une v\u00e9ritable alternative au mod\u00e8le pr\u00e9dateur en vigueur \u00e0 peu pr\u00e8s partout.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me est le recul de toute perspective de r\u00e9volution sociale radicale sur le continent. La troisi\u00e8me est la s\u00e9nilit\u00e9 croissante des pouvoirs n\u00e8gres \u2013 le fait que plus ils sont vieillissants, plus ils deviennent hyst\u00e9riques et carnassiers, et plus les successions deviennent des affaires de famille.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me est l\u2019enkystement de pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019irr\u00e9pressible d\u00e9sir, chez des centaines de millions, de vivre partout ailleurs sauf chez eux \u2013 le d\u00e9sir g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de d\u00e9fection et de d\u00e9sertion.<\/p>\n<p>\u00c0 ces dynamiques structurelles vient s\u2019ajouter une autre \u2013 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une culture du racket, de l\u2019\u00e9meute sanglante et sans lendemain et qui, \u00e0 l\u2019occasion, tourne facilement \u00e0 la guerre de pillage. Cette sorte de lumpen-radicalisme, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 violence sans projet politique alternatif, n\u2019est pas seulement port\u00e9 par les \u00ab cadets sociaux \u00bb dont \u00ab l\u2019enfant-soldat \u00bb et le \u00ab sans-travail \u00bb des bidonvilles constituent les tragiques symboles. Cette sorte de populisme sanglant est aussi mobilis\u00e9, lorsqu\u2019il le faut, par les forces sociales qui sont parvenues \u00e0 coloniser l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Il faut craindre que cette violence sans projet politique alternatif ne se g\u00e9n\u00e9ralise. Elle provoquerait en retour le raidissement d\u2019un \u00c9tat qui, bien qu\u2019ill\u00e9gitime ou amput\u00e9 de la plupart de ses pr\u00e9rogatives classiques, b\u00e9n\u00e9ficie du soutien d\u2019une classe qui en a fait l\u2019instrument de son enrichissement personnel ou, simplement, une ressource priv\u00e9e ou encore une source d\u2019accaparements en tous genres, dans le contexte de la lutte quotidienne soit pour l\u2019accumulation, soit pour la survie pure et simple. Quitte \u00e0 d\u00e9truire l\u2019\u00c9tat, l\u2019\u00e9conomie et les institutions, cette classe est pr\u00eate \u00e0 tout pour conserver le pouvoir, la politique n\u2019\u00e9tant d\u2019ailleurs \u00e0 ses yeux qu\u2019une mani\u00e8re de conduire la guerre civile ou la guerre ethnique par d\u2019autres moyens.<\/p>\n<p>Ces brusques observations ne signifient toutefois pas qu\u2019il n\u2019existe aucune saine aspiration \u00e0 la libert\u00e9 et au bien-\u00eatre en Afrique. Ce d\u00e9sir peine cependant \u00e0 trouver un langage, des pratiques effectives, et surtout une traduction dans des institutions nouvelles et une culture politique neuve o\u00f9 le pouvoir n\u2019est plus un jeu \u00e0 somme nulle.<\/p>\n<p><b>La violence des \u00ab sans-parts \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Pour que la d\u00e9mocratie puisse s\u2019enraciner en Afrique, il faudrait qu\u2019elle soit port\u00e9e par des forces sociales et culturelles organis\u00e9es ; des institutions et des r\u00e9seaux sortis tout droit du g\u00e9nie, de la cr\u00e9ativit\u00e9 et surtout des luttes des gens eux-memes et de leurs traditions propres de solidarit\u00e9. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi une Id\u00e9e dont elle serait la m\u00e9taphore vivante et absolue. Ainsi, en r\u00e9articulant par exemple le politique et le pouvoir autour de la critique des formes de vie, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019imp\u00e9ratif de nourrir les \u00ab r\u00e9serves de vie \u00bb, on pourrait ouvrir la voie \u00e0 une nouvelle pens\u00e9e de la d\u00e9mocratie dans un continent o\u00f9 le pouvoir de tuer reste plus ou moins illimit\u00e9, et o\u00f9 la pauvret\u00e9 et la maladie rendent l\u2019existence si pr\u00e9caire.<\/p>\n<p>Au fond, une telle pens\u00e9e devrait etre utopique. Elle devrait etre, de n\u00e9cessit\u00e9, une pens\u00e9e de l\u2019\u00e9mergence et du soul\u00e8vement. Mais ce soul\u00e8vement devrait aller bien au-del\u00e0 de l\u2019h\u00e9ritage anti-colonialiste et anti-imp\u00e9rialiste dont les limites, dans le contexte de la mondialisation et au regard de ce qui s\u2019est pass\u00e9 depuis les ind\u00e9pendances, sont d\u00e9sormais flagrantes.<\/p>\n<p>En attendant, deux facteurs d\u00e9cisifs constituent des freins \u00e0 une d\u00e9mocratisation du Continent. D\u2019abord une certaine \u00e9conomie politique. Ensuite un certain imaginaire du pouvoir, de la culture et de la vie.<\/p>\n<p>D\u2019une part, la brutalit\u00e9 des contraintes \u00e9conomiques dont les pays africains ont fait l\u2019exp\u00e9rience au cours du dernier quart du XXe si\u00e8cle &#8211; et qui se poursuit sous la f\u00e9rule du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme \u2013 a contribu\u00e9 \u00e0 la fabrication d\u2019une multitude de \u00ab gens sans-part \u00bb dont l\u2019apparition sur la sc\u00e8ne publique s\u2019effectue de plus en plus sur le mode de la tuerie lors de bouff\u00e9es x\u00e9nophobes ou \u00e0 l\u2019occasion de luttes ethniques, surtout au lendemain d\u2019\u00e9lections truqu\u00e9es, dans le contexte des protestations contre la vie ch\u00e8re, ou encore dans le cadre des luttes pour les ressources de base.<\/p>\n<p>Ce sont des gens qui n\u2019ont strictement rien \u00e0 perdre, qui de surcroit sont totalement livr\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon \u2013 condition de laquelle ils ne peuvent souvent \u00e9chapper que par la migration, la criminalit\u00e9 et toutes sortes d\u2019ill\u00e9galismes. C\u2019est une classe de \u00ab superflus \u00bb dont l\u2019\u00c9tat (l\u00e0 o\u00f9 il existe), voire le march\u00e9 lui-meme, ne savent que faire. Ce sont des gens que l\u2019on ne peut gu\u00e8re vendre en esclavage comme aux d\u00e9buts du capitalisme moderne, ni r\u00e9duire aux travaux forc\u00e9s comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale et sous l\u2019apartheid. Du point de vue du capitalisme tel qu\u2019il fonctionne dans ces r\u00e9gions du monde, ils sont compl\u00e8tement inutiles &#8211; des rebuts humains livr\u00e9s \u00e0 la violence, \u00e0 la maladie, \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisme nord-am\u00e9ricain, aux crois\u00e9s de l\u2019Islam et \u00e0 toutes sortes de ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019illumination.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, la brutalit\u00e9 des contraintes \u00e9conomiques a aussi vid\u00e9 de tout contenu le projet d\u00e9mocratique en r\u00e9duisant celui-ci \u00e0 une simple formalit\u00e9 \u2013 un rituel sans contenu ni symbolique, et plus grave encore sans cons\u00e9quence r\u00e9elle sur la vie quotidienne des gens ordinaires. Puis, comme je le sugg\u00e9rais \u00e0 l\u2019instant, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 sortir du cycle de l\u2019extraction et de la pr\u00e9dation dont l\u2019histoire, d\u2019ailleurs, pr\u00e9date la colonisation. Ces facteurs, pris ensemble, p\u00e8sent \u00e9norm\u00e9ment sur les formes que prend le politique dans nos pays.<\/p>\n<p>\u00c0 ces donn\u00e9es fondamentales s\u2019ajoute l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019aura \u00e9t\u00e9 la grande diffraction sociale commenc\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 80. Cette diffraction de la soci\u00e9t\u00e9 a conduit \u00e0 peu pr\u00e8s partout \u00e0 une informalisation des rapports sociaux et \u00e9conomiques, \u00e0 une fragmentation sans pr\u00e9c\u00e9dent du champ des r\u00e8gles et des normes, et \u00e0 un processus de d\u00e9s-institutionalisation qui n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cette diffraction a \u00e9galement provoqu\u00e9 un grand mouvement de d\u00e9fection de la part de nombreux acteurs sociaux, ouvrant d\u00e8s lors la voie \u00e0 de nouvelles formes de la lutte sociale \u2013 une lutte sans piti\u00e9 pour la survie centr\u00e9e autour de l\u2019acc\u00e8s aux ressources. Aujourd\u2019hui, le bidonville est devenu le lieu n\u00e9vralgique de ces nouvelles formes d\u2019affrontements souvent sans tete apparente. Il s\u2019agit d\u2019affrontements de type mol\u00e9culaire et cellulaire qui combinent des \u00e9l\u00e9ments de la lutte des classes, de la luttes des races, de la lutte ethnique, des mill\u00e9narismes religieux et des luttes en sorcellerie.<\/p>\n<p>Pour le reste, la faiblesse des oppositions est connue. Pouvoir et opposition op\u00e8rent en fonction d\u2019un temps court marqu\u00e9 par l\u2019improvisation, les arrangements ponctuels et informels, les compromis et compromissions diverses, les imp\u00e9ratifs de conqu\u00eate imm\u00e9diate du pouvoir ou la n\u00e9cessit\u00e9 de le conserver \u00e0 tout prix. Les alliances se nouent et se d\u00e9nouent constamment. Mais surtout, l\u2019imaginaire du pouvoir ne s\u2019est gu\u00e8re transform\u00e9e. L\u2019imaginaire structurant de la politique en Afrique reste celui de la guerre civile permanente. Et tant que l\u2019on ne d\u00e9couplera pas la politique et la guerre, le potentiel de violence restera explosif.<\/p>\n<p><b>D\u00e9colonisation et internationalisation<\/b><\/p>\n<p>Ce cinquantenaire de la d\u00e9colonisation n\u2019est pas seulement une affaire africaine. On me dit que la France, en particulier, veut faire de 2010 une \u00ab Ann\u00e9e de l\u2019Afrique \u00bb. La France, justement, donne l\u2019impression de n\u2019accepter que du bout des l\u00e8vres la d\u00e9mocratisation du Continent. Dans son pr\u00e9-carr\u00e9, elle s\u2019y est oppos\u00e9e farouchement depuis 1960, n\u2019h\u00e9sitant pas, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 recourir \u00e0 l\u2019assassinat et \u00e0 la corruption.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, elle est connue, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, pour son soutien le plus tenace, le plus retors et le plus ind\u00e9fectible aux satrapies les plus corrompues du continent et aux r\u00e9gimes qui, justement, ont tourn\u00e9 le dos \u00e0 la cause africaine.<\/p>\n<p>Il y a une raison simple \u00e0 tout cela \u2013 les conditions historiques dans lesquelles s\u2019est effectu\u00e9e la d\u00e9colonisation et le r\u00e9gime des capitations qu\u2019ont ciment\u00e9 les accords in\u00e9gaux \u00ab de coop\u00e9ration et de d\u00e9fense \u00bb sign\u00e9s dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>On ne le sait peut-etre pas assez, l\u2019objet de ces accords secrets, ce fut non pas de liquider le rapport colonial, mais justement de le contractualiser. C\u2019est au nom de cette contractualisation des vieux rapports coloniaux que la France continue, de facto, d\u2019exercer un droit de propri\u00e9t\u00e9 sur le sol, le sous-sol et l\u2019espace a\u00e9rien de ses anciennes colonies.<\/p>\n<p>Lors de son dernier voyage officiel en Afrique du Sud, le Pr\u00e9sident Nicolas Sarkozy avait promis de rendre public ces accords. Je ne sais s\u2019il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis ne s\u2019opposent peut-\u00eatre pas activement \u00e0 la d\u00e9mocratisation de l\u2019Afrique. Cynisme et hypocrisie suffisent largement \u2013 encore que de nombreuses institutions priv\u00e9es am\u00e9ricaines apportent une aide multiforme \u00e0 la consolidation des soci\u00e9t\u00e9s civiles africaines. C\u2019est par exemple le cas des nombreuses fondations am\u00e9ricaines. Mais le caract\u00e8re moralisateur et \u00e9vang\u00e9lique de leurs interventions laisse \u00e0 d\u00e9sirer.<\/p>\n<p>Un fait majeur des cinquante prochaines ann\u00e9es sera la pr\u00e9sence de la Chine en Afrique. Cette pr\u00e9sence est sinon un contrepoids, du moins un exp\u00e9dient \u00e0 l\u2019\u00e9change in\u00e9gal si caract\u00e9ristique des relations que le Continent entretient avec les puissances occidentales et les institutions financi\u00e8res internationales. Il est vrai que pour le moment, la relation avec la Chine ne sort pas du mod\u00e8le de l\u2019\u00e9conomie d\u2019extraction \u2013 mod\u00e8le qui, ajout\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9dation, constitue la base mat\u00e9rielle des tyrannies n\u00e8gres. Il ne faut donc pas s\u2019attendre \u00e0 ce que la Chine soit d\u2019un grand secours dans les luttes \u00e0 venir pour la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>L\u2019influence de l\u2019autre puissance montante, l\u2019Inde, est pour l\u2019instant marginale.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019Afrique du Sud, elle ne peut pas, \u00e0 elle toute seule, promouvoir la d\u00e9mocratie en Afrique. Elle n\u2019en a ni les moyens, ni la volont\u00e9, ni les ressources de l\u2019imagination. Du reste, elle doit d\u2019abord approfondir la d\u00e9mocratie chez elle avant de penser \u00e0 la promouvoir chez d\u2019autres. Il est dommage que des forces externes continuent de faire pression sur elle pour qu\u2019elle exerce sur le Continent un role de gendarme qui ne lui sied pas du tout et pour lequel elle est si mal \u00e9quip\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce \u00e0 quoi il faudrait arriver, c\u2019est \u00e0 une sorte de \u00ab New Deal \u00bb continental collectivement n\u00e9goci\u00e9 par les diff\u00e9rents \u00c9tats africains et par les puissances internationales \u2013 un \u00ab New Deal \u00bb en faveur de la d\u00e9mocratie et du progr\u00e8s \u00e9conomique qui viendrait compl\u00e9ter et clore une fois pour toutes le chapitre de la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>Survenant plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s la fameuse Conf\u00e9rence de Berlin qui inaugura la partition de l\u2019Afrique, ce \u00ab New Deal \u00bb serait assorti d\u2019une prime \u00e9conomique pour la reconstruction du continent. Mais il comporterait \u00e9galement un volet juridique et p\u00e9nal, des m\u00e9canismes de sanction, voire de mise au ban, dont la mise en oeuvre serait n\u00e9cessairement multilat\u00e9rale, et dont l\u2019inspiration pourrait etre trouv\u00e9e dans les transformations r\u00e9centes du droit international. Ceci impliquerait qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion, des r\u00e9gimes coupables de crimes contre leurs peuples pourraient l\u00e9gitimement etre d\u00e9pos\u00e9s par la force et les auteurs de ces crimes poursuivis devant la justice p\u00e9nale internationale. La notion de \u00ab crimes contre l\u2019humanit\u00e9 \u00bb devrait elle-meme faire l\u2019objet d\u2019une interpr\u00e9tation \u00e9tendue qui inclue non seulement les massacres et les violations aggrav\u00e9es des droits humains, mais aussi des faits graves de corruption et de pillage des ressources naturelles d\u2019un pays. Il va de soi que des acteurs priv\u00e9s loaux ou internationaux pourraient \u00e9galement etre vis\u00e9s par de telles dispositions.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce niveau de profondeur historique et strat\u00e9gique qu\u2019il importe d\u00e9sormais d\u2019envisager la question de la d\u00e9mocratisation et du progr\u00e8s \u00e9conomique en Afrique.nLa d\u00e9mocratisation de l\u2019Afrique est d\u2019abord une question africaine, certes. Mais elle a aussi des dimensions internationales.<\/p>\n<p><b>R\u00e9-ouvrir le futur<\/b><\/p>\n<p>Pour le demi-si\u00e8cle qui vient, une partie du role des intellectuels, des gens de culture et de la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine sera justement d\u2019aider \u00e0 \u00ab internationaliser \u00bb la question de la d\u00e9mocratisation de l\u2019Afrique, dans le droit fil des efforts des derni\u00e8res ann\u00e9es visant \u00e0 mutualiser le droit international et qui ont vu l\u2019apparition d\u2019instances juridictionnelles supra-\u00e9tatiques.<\/p>\n<p>Encore faut-il aller au-del\u00e0 de la conception traditionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 civile, celle qui est \u00e9troitement d\u00e9riv\u00e9e de l\u2019histoire des d\u00e9mocraties capitalistes. D\u2019une part, il faut tenir compte du facteur objectif qu\u2019est la multiplicit\u00e9 sociale \u2013 multiplicit\u00e9 des identit\u00e9s, des all\u00e9geances, des autorit\u00e9s et des normes \u2013 et, \u00e0 partir d\u2019elle, imaginer de nouvelles formes de mobilisation et de leadership.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9ation d\u2019une plus-value intellectuelle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi pressant. Cette plus-value doit etre r\u00e9investie dans un projet de transformation radicale du continent. La cr\u00e9ation de cette plus-value ne sera pas uniquement l\u2019oeuvre de l\u2019\u00c9tat. Elle est, \u00e0 mes yeux, la nouvelle tache des soci\u00e9t\u00e9s civiles africaines. Pour y parvenir, il faudra \u00e0 tout prix sortir de la logique de l\u2019urgence et de la logique des besoins imm\u00e9diats qui a, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, colonis\u00e9 le d\u00e9bat sur l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Tant que la logique de l\u2019extraction et de la pr\u00e9dation qui caract\u00e9rise l\u2019\u00e9conomie politique des mati\u00e8res premi\u00e8res en Afrique n\u2019est pas bris\u00e9e, et avec elle les modes existants d\u2019exploitation des richesses du sous-sol africain, nous n\u2019irons pas loin. La sorte de capitalisme que favorise cette logique allie fort bien mercantilisme, d\u00e9sordres politiques et militarisme. Cette sorte de capitalisme, on en voit d\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9misses \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale, avec le r\u00e9gime des soci\u00e9t\u00e9s concessionnaires. Tout ce dont il a besoin pour fonctionner, ce sont des enclaves fortifi\u00e9es, des complicit\u00e9s souvent criminelles au coeur des soci\u00e9t\u00e9s locales, le minimum possible d\u2019\u00c9tat et l\u2019indiff\u00e9rence internationale.<\/p>\n<p>Si les Africains veulent la d\u00e9mocratie, c\u2019est \u00e0 eux d\u2019en payer le prix. Personne ne le paiera \u00e0 leur place. Ils ne l\u2019obtiendront pas non plus \u00e0 cr\u00e9dit. Ils auront n\u00e9anmoins besoin de s\u2019appuyer sur de nouveaux r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 internationale, une grande coalition morale en dehors des \u00c9tats \u2013 la coalition de tous ceux qui croient que sans sa part africaine, notre monde d\u00e9cid\u00e9ment sera plus pauvre encore en esprit et en humanit\u00e9.<\/p>\n<p>ACHILLE MBEMBE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;historien camerounais Achille Mbembe livre ici son bilan des cinquante ann\u00e9es de l&#8217;Afrique ind\u00e9pendante. 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