Première Allemande: "On a grèvé" (VOSTA) en présence du réalisateur Denis Gheerbrandt

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Info   Tickets: 7,50€; Réductions: Berlinpass, 5er & 10er Karte, Gildepass, Heavy User Card

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Elles s’appellent Oulimata, Mariam, Géraldine, Fatoumata… elles sont une petite vingtaine de femmes de chambres et pendant un mois elles vont af fronter le deuxième groupe hôtelier d’Europe. Pour la première fois, elles n’acceptent plus la manière dont elles sont traitées. Et elles tiendront jusqu’au bout, avec force musique et danse.

Après la projection aura lieu une discussion entre le public et le réalisateur Denis Gheerbrandt, ainsi qu'une petite réception dans le foyer du cinéma.

La projection est organisée par AfricAvenir en coopération avec la Fondation Rosa Luxemburg.

En coopération avec Africiné, le magazine SEV, Zentrum Moderner Orient (Centre Proche-Orient), Club der Freunde (Club des Amis de) RFI, Berlin Poche, rendez-vous-cine.de, Exberliner, multicult.fm, Art Labour Archives, Planète Métis, Contemporary &, AfroHeat.

Trailer: dai.ly/x25azkk

"Car si ce moment d’apprentissage et d’initiation à la politique participe d’une véritable dynamique d’intégration citoyenne par l’action syndicale, le film de Denis Gheerbrant pose aussi, en creux, des questions – tant du point de vue de la relation de cette nouvelle classe ouvrière aux différents appareils que des rapports femmes-hommes ou Noirs-Blancs – qui sont au cœur d’un processus nécessaire d’échange et de partage démocratiques." (CNT Solidarité Ouvrière)

"Gheerbrant a trouvé pour son dernier film une matière idéalement adaptée à son style et parfaitement compatible avec les techniques du cinéma documentaire qu’il développe depuis plus de trente ans. L’avantage de sa méthode, c’est sa liberté, sa légèreté pratique, sa faculté à se couler dans le flux de l’action lorsqu’elle surgit au milieu de ce réel que le cinéaste est en train de considérer." (Olivier Segruet, Liberation)

Denis Gheerbrandt à propos du film: Ce que "grèver" veut dire
D’entrée de jeu, sur le bord du trottoir, ce matin-là, les femmes de chambre ont proclamé :

- « On va grèver. »
- « Oui, faut courage. »
- « On va chanter, on va danser. »

Tout était là. D’un même geste, elles s’appropriaient l’espace public et défiaient la direction de leur hôtel. Elles s’appropriaient la langue, celle du patron, du colon ou du « toubab » (« le supérieur » en wolof). « On a grèvé » : qui serait venu leur dire que « ça ne se dit pas » ? « On a grèvé » nous dit l’Afrique, le chemin parcouru, hier par la traite des esclaves, aujourd’hui par l’émigration. Et si l’on y regarde de plus près, cette pratique hors droit du travail qui leur impose un salaire à la pièce, ne correspond-elle pas à une forme de délocalisation à domicile du travail ?

Mais avant même que cette grève n’atteigne son but, elles avaient déjà gagné sur le plan symbolique, le statut de travailleuses en lutte. De leur communauté d’origine, elles passaient à la communauté de tous les exploités qui se battent dans le monde. Elles allaient faire de la rue la scène où chantaient celles qui devaient toujours accepter sans un mot, où dansaient celles dont les lits à faire, encore et encore, toujours plus vite, brisent le corps.

« On a grèvé », tout à la fois une séculaire tradition de résistance et la lutte des classes à l’heure de la mondialisation.

« Au départ les femmes de chambre se plaignaient surtout de leurs fiches de
paye, il y avait toujours des erreurs. Elles n’en pouvaient plus des cadences, elles se sentaient fragiles, elles faisaient tout ce qu’on leur demandait, elles n’osaient rien dire, elles avaient peur de perdre leur travail. Elles ne savaient pas, elles croyaient tout ce qu’on leur disait, elles croyaient que c’était normal. Maintenant c’est «eux» qui les écoutent. Elles font leur chambre normalement. Elles n’ont plus peur, elles connaissent leurs droits, on ne peut plus leur imposer ce qu’on veut. Nous toutes on décide, il n’y a pas quelqu’un qui décide pour nous. » Daba, gouvernante, juin 2014.

Denis Gheerbrandt
A la sortie de l’IDHEC - devenue FEMIS -, Denis Gheerbrant se tourne vers la photographie documentaire en même temps qu’il fait ses premières armes de chef-opérateur. Une exposition dans le cadre du Festival d’Automne à Paris est très remarquée, tandis que des réalisateurs de longs métrages, fictions ou documentaires, l’invitent à des aventures comme celle d’Histoire d’Adrien, Caméra d’or en 1980. Au même moment, il réalise le premier film d’une longue série. Ces films sont souvent diffusés en salles et à partir de 1989 il se consacre exclusivement au documentaire. Depuis 1984, il tourne en solo, que ce soit en argentique ou en numérique, à son rythme. De plus en plus souvent, il monte lui-même ses films.

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